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« Nous entrons dans une médecine de la chronicité et de la fonction, mais l’accès aux soins est un angle mort »

Le débat sur le vieillissement de la population reste largement focalisé sur l’espérance de vie. Or, depuis plus de dix ans, les grandes études internationales publiées dans The Lancet ont profondément déplacé le regard : l’enjeu n’est plus seulement de vivre plus longtemps, mais de vivre sans incapacité.

Les données du programme de recherche internaional Global Burden of Disease sont sans ambiguïté. Entre 1990 et 2010, les années vécues avec handicap ont fortement augmenté, sous l’effet combiné du vieillissement et de la croissance démographique. Surtout, la hiérarchie des maladies s’est transformée : ce ne sont plus les maladies qui tuent qui dominent, mais celles qui rendent invalide.

En tête, les affections ostéo-articulaires. Lombalgie, arthrose, douleurs chroniques : ces pathologies sont aujourd’hui les premières causes de handicap dans le monde. Elles ont en commun d’être peu létales, mais fortement invalidantes. Elles altèrent la mobilité, réduisent l’autonomie et constituent souvent le point d’entrée dans la dépendance.

Ce phénomène s’inscrit dans une dynamique lourde. Les données du Lancet Rheumatology montrent que l’arthrose a déjà plus que doublé depuis 1990, atteignant près de 600 millions de personnes en 2020. Plus de 1 milliard de personnes pourraient en être atteintes d’ici à 2050. De même, la lombalgie devrait concerner plus de 800 millions d’individus.

Génération vieillissante

Cette progression ne traduit pas une aggravation des risques individuels, mais un effet mécanique du vieillissement. A âge égal, les taux évoluent peu. C’est la structure démographique qui transforme l’ampleur du phénomène. Nous entrons dans une médecine de la chronicité et de la fonction.

Dans ce contexte, l’accès réel aux soins est un angle mort dans le débat public. Car cette montée du handicap survient au moment même où l’offre spécialisée se fragilise. En France, environ 2 500 rhumatologues assurent la prise en charge de ces pathologies. Une large part exerce en ville, au plus près des patients. Mais cette médecine de proximité repose sur une génération vieillissante : en Ile-de-France, l’âge moyen des rhumatologues libéraux approche 60 ans.

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Source:

www.lemonde.fr