Annonce publicitairespot_img
AccueilAnalyses & EnquêtesOpinionGuerre contre l’Iran : l’urgence de la diplomatie

Guerre contre l’Iran : l’urgence de la diplomatie

Plus de deux mois après le déclenchement de la guerre américano-israélienne contre l’Iran, le constat est chaque jour plus implacable. Donald Trump et Benyamin Nétanyahou se sont montrés incapables, en dépit d’une campagne de bombardements particulièrement intensifs, de parvenir aux objectifs qu’ils s’étaient fixés.

Lire aussi | EN DIRECT, guerre au Moyen-Orient : l’Iran réitère que les négociations sur « la réouverture complète du détroit d’Ormuz nécessitent la levée du blocus naval », après que Donald Trump s’est montré optimiste quant à un accord

La décapitation du pouvoir iranien et la dégradation des moyens militaires de Téhéran n’ont pas produit le changement de régime escompté ni privé ce dernier de capacités de nuisance, comme les Emirats arabes unis en ont encore fait les frais le 5 mai. Cette guerre de choix a même doté ce régime, honni à bon droit par une bonne partie de sa propre population, d’une arme supplémentaire : la fermeture du détroit d’Ormuz, qui fait désormais planer la menace d’une déflagration majeure sur l’économie mondiale.

A la veille d’un déplacement important du président des Etats-Unis à Pékin, les 14 et 15 mai, Il est donc grand temps de mettre fin à un conflit dévastateur pour une administration américaine dont la communication désordonnée devient de plus en plus embarrassante. Annonce le 4 mai d’une opération militaire visant à forcer le passage du détroit abandonnée dès le lendemain, déclaration le même jour du secrétaire d’Etat, Marco Rubio, selon laquelle la guerre est « finie », démentie ensuite par la menace de bombardements « bien plus forts » agitée par Donald Trump en cas d’absence d’avancées diplomatiques : la parole de Washington a rarement été autant dévaluée, ce qui nourrit un dangereux jusqu’au-boutisme iranien.

Sur la base du cessez-le-feu en vigueur depuis le 8 avril, un premier accord doit permettre à la fois la restauration de l’indispensable liberté de navigation dans le détroit d’Ormuz compromise par l’Iran, et la fin du blocus des ports iraniens imposé par les Etats-Unis. Une solution diplomatique passe par des concessions réciproques.

Visées militaires attestées

Un retour à la normale dans les eaux du Golfe rendra possible la réouverture de négociations de fond sur le sujet principal du contentieux iranien : le programme nucléaire de Téhéran. Ses visées militaires, qu’il nie, ont été attestées par un enrichissement de l’uranium incompatible avec des activités purement civiles, auxquelles l’Iran, signataire du traité de non-prolifération nucléaire, a droit.

Lire aussi | Article réservé à nos abonnés Nucléaire iranien : la menace d’un régime radicalisé et lancé dans une course vers la bombe

La priorité doit être l’encadrement de ces activités grâce à la restauration d’un solide régime d’inspections, assuré par l’Agence internationale de l’énergie atomique. Il permettra par ailleurs de neutraliser un stock d’uranium hautement enrichi vraisemblablement enseveli lors des bombardements américains de juin 2025.

L’Iran a pu se doter de ce stock après la sortie de Washington, à l’initiative de Donald Trump, de l’accord négocié par l’administration de Barack Obama en 2015. L’actuel locataire de la Maison Blanche n’a cessé d’affirmer par la suite être capable de parvenir à un dispositif plus contraignant, mais sans jamais y parvenir. Dans ce dossier également, les deux parties en présence devront en rabattre concernant leurs exigences maximalistes. Face à l’impasse de la guerre, les bénéfices qu’elles pourraient en retirer – tourner la page de ce conflit pour Donald Trump avec, à nouveau, un programme sous surveillance, obtenir la levée de sanctions internationales pour l’Iran, dont l’économie est exsangue – devraient justifier qu’elles s’y résolvent.

Le Monde


Source:

www.lemonde.fr