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Bruno Clément-Bollée, général : « Retrouver un Mali fort, dirigé par une classe politique compétente et responsable, voilà le vrai défi »

Dans La Tempête, Shakespeare attribue à l’un de ses personnages une phrase terrifiante : « L’enfer est vide et tous les diables sont ici ! » Au Mali, la réalité dépasse la fiction lorsque l’horreur de l’enfer se vit au quotidien. Au jeu mortifère qui s’est progressivement étendu jusqu’à l’ensemble des pays de la sous-région, tout le monde a perdu, et beaucoup. Ceux qui se sont embarqués dans cette galère ne peuvent s’en prendre qu’à eux-mêmes, car, forts de leurs certitudes, ils n’ont fait que des mauvais choix. Le plus grand perdant reste cependant la population malienne elle-même, qui n’avait rien demandé et se trouve dans un désespoir total. Et ça n’est pas fini, le pire reste peut-être à venir.

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Les derniers événements ont été déterminants. La conquête presque achevée par les indépendantistes du Front de libération de l’Azawad d’une large partie du nord du pays, l’évacuation d’un bataillon de mercenaires de la ville de Kidal, les attaques subies par plusieurs garnisons sur tout le territoire, la pression exercée par les fanatiques religieux sur Bamako ou le désarroi d’une junte en partie décimée et dont le chef ne s’exprime plus que depuis un bunker… Comment a-t-on pu basculer dans un tel cauchemar ?

Les politiques maliens, d’abord, ont, par leur laxisme, leur désintérêt de la chose publique, leur cupidité aussi parfois, laissé le mal s’installer et progresser. Petit à petit, les missions régaliennes – éducation, santé, sécurité, économie, social – ont été délaissées. Les zones vides ainsi créées ont été très vite comblées par les terroristes, les trafiquants, les criminels en tous genres. La responsabilité de la classe politique malienne est énorme, car, par son inconduite, elle a créé la vraie cause du mal qui ronge aujourd’hui le pays.

Terrorisme religieux, criminalité organisée, traite d’êtres humains et trafic de drogue notamment ne sont que les conséquences de l’instabilité provoquée par la faillite de l’Etat. Il est important d’en prendre acte, car, demain, au moment du redressement, c’est sur la reconstruction de l’Etat qu’il faudra d’abord porter réponse, dans ses structures, son fonctionnement, ses missions. Retrouver un Mali fort, dirigé par une classe politique compétente et responsable, voilà le vrai défi posé. Mais à quelles conditions désormais ?

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Source:

www.lemonde.fr