Un appel international contre la guerre américano-israélienne en Iran, intitulé « Une déclaration à la conscience de l’Humanité » et signé par 170 « personnalités » issues de 30 pays a circulé récemment sur différents blogs et réseaux sociaux. Sa publication, le 10 avril sur le site américain CounterPunch, accompagnée d’une introduction complaisante, lui a donné davantage d’écho. Cette initiative pourrait annoncer une phase plus internationalisée du confusionnisme politique.
De larges interférences rhétoriques se sont en effet développées en France à partir du milieu des années 2000 entre des discours d’extrême droite, de droite et de gauche, sur la base du recul du clivage gauche-droite. Ces confusions ont contribué à renforcer la présence d’idées d’extrême droite dans les débats publics et à dérégler davantage les boussoles de gauche.
Pour mieux comprendre ce processus, j’ai emprunté à L’Archéologie du savoir, de Michel Foucault (Gallimard, 1969), la notion de « formation discursive ». Le confusionnisme peut ainsi être considéré comme une formation discursive, au sens d’un espace rhétorique composite, en mouvement et sans pilote : il est alimenté par des interlocuteurs divers, voire opposés, peu conscients qu’ils consolident par là des évidences partiellement partagées. Ce n’est pas seulement un phénomène français : dans un article de la Boston Review publié le 12 janvier 2021, les chercheurs William Callison et Quinn Slobodian ont mis en évidence des phénomènes analogues, qu’ils nomment « diagonalisme », soit une diagonale reliant des pôles éloignés, en comparant les situations allemande et américaine.
L’appel international auquel j’ai fait référence décrit un monde où les Etats-Unis sont du côté du mal et l’Iran du côté du bien, selon une vision géopolitique dualiste et essentialiste ou, comme l’aurait dit le philosophe Daniel Bensaïd, un « anti-impérialisme des imbéciles ». Les Etats-Unis, « pendant deux cent quarante-neuf ans – soit toute leur existence depuis 1776 », incarneraient essentiellement le crime et le génocide, sans contradictions, ni transformations au cours du temps. Une essence qui, depuis son origine, se déploierait imperturbablement : « le ver est dans le fruit », pourrait-on dire… Face à cela, le texte glorifie l’ancien Guide suprême iranien, Ali Khamenei, « reconnu internationalement comme une voix contre l’arrogance et le terrorisme », et le régime qu’il a dirigé : « Sa continuité civilisationnelle et son unité sociale ont fusionné en une force unique et inébranlable. »
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Source:
www.lemonde.fr

