En avril 2016, la France adoptait la loi visant à renforcer la lutte contre le système prostitutionnel et à accompagner les personnes prostituées, faisant ainsi un choix, politique, éthique, social et féministe fort. Dix ans après, à l’heure des offensives proprostitution sur les plateformes en ligne ou de l’idéologie masculiniste, l’application de cette loi est plus que jamais nécessaire. L’existence même de la prostitution dépasse celles qui en sont directement victimes : elle produit un effet systémique sur l’ensemble des femmes, légitimant une culture de la domination et de l’accès sans limite à leurs corps.
Le chemin fut sinueux et éprouvant. Après presque trois ans de débats acharnés, souvent déraisonnables, parfois malhonnêtes, pétris de caricatures et d’alliances inattendues, la loi est adoptée, à 130 voix d’écart. Ce 6 avril 2016, la France opère une rupture majeure : en pénalisant l’achat d’actes sexuels et en supprimant le délit de racolage, elle inverse la charge pénale et permute la stigmatisation pour viser le cœur du système : les « clients ». Ce choix repose sur un principe fondamental – le corps des femmes n’est pas une marchandise – et une conviction majeure – tant qu’il y aura des clients, il y aura des réseaux.
Loin des prophéties alarmistes de l’époque, la loi a eu des effets. Elle met fin à la répression des victimes, leur garantit des parcours de sortie avec un accompagnement social, leur ouvre l’accès à un titre de séjour pour les protéger du chantage des maquereaux. Elle dissout le fantasme de la « relation librement contractée » pour s’attaquer à une réalité aux proportions industrielles. Les procédures pour proxénétisme augmentent, des milliers de clients sont interpellés, des fonds substantiels issus de la criminalité réaffectés à l’accompagnement des victimes. Surtout, cette loi pose un repère symbolique majeur dans une société prétendant défendre l’égalité entre femmes et hommes : payer pour disposer du corps des femmes n’est nullement un droit.
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Source:
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