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Loi contre l’homosexualité au Sénégal : « Les justifications historique et sanitaire de la loi sont infondées »

La nouvelle loi sénégalaise contre l’homosexualité constitue un grave recul pour le pays, et risque de l’entraîner dans une direction opposée aux politiques de santé publique progressistes qui ont historiquement contribué à son exceptionnalité.

Son parcours commence en février, lorsque les autorités sénégalaises arrêtent 27 hommes pour « actes contre nature » et transmission intentionnelle présumée du virus de l’immunodéficience humaine (VIH). Le 11 mars, l’Assemblée nationale réagit en adoptant une loi doublant la peine d’emprisonnement pour « actes contre nature », la portant à dix ans, et l’amende maximale à 10 millions de francs CFA (environ 15 500 euros), contre 1,5 million auparavant. Selon la loi, les « actes contre nature » incluent l’homosexualité, la bisexualité, la transsexualité, la zoophilie et la nécrophilie. La loi interdit même la promotion ou le financement de tels actes. Le président Diomaye Faye la promulgue le 31 mars.

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Ses partisans s’appuient sur deux arguments.

Premièrement, reprenant un mythe déjà propagé par le président zimbabwéen Robert Mugabe [1924-2019], le président sud-africain Jacob Zuma et, plus récemment, le président intérimaire burkinabé Ibrahim Traoré, ils affirment que l’homosexualité est une importation occidentale et « non africaine ».

Colonialisme européen

Des historiens, anthropologues et spécialistes africains ont pourtant démontré le contraire depuis des décennies. La société sénégalaise précoloniale intégrait l’homosexualité. Ce sont les lois répressives qui furent importées durant le colonialisme européen – une situation qui perdure aujourd’hui, puisque Reuters rapporte que la loi sénégalaise actuelle aurait été fortement influencée par un groupe américain profamille.

Conscients que l’histoire ne suffirait pas, les partisans avancent un second argument pour justifier le durcissement des sanctions contre l’homosexualité : la protection de la santé publique. On peine à comprendre comment punir une minorité sexuelle pourrait prévenir les maladies ou corriger les inégalités sanitaires, tant ces missions relèvent des professionnels de ce secteur. Il s’agit objectivement d’une mauvaise orientation pour la politique de santé publique sénégalaise.

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Source:

www.lemonde.fr