Les représentations ultravirilistes de la masculinité sur certains réseaux sociaux, prônant l’obsession du gain, la violence, l’homophobie et la domination masculine sur les femmes, inquiètent à juste titre le Haut Conseil à l’égalité entre les femmes et les hommes. Mais les ramifications de ces représentations sont profondes, et leurs conséquences vont bien au-delà des recoins les plus ténébreux de cette « manosphère » – une constellation apparemment éclectique où cohabitent influenceurs inculpés de viol, apôtres du célibat masculin ou encore promoteurs de cosmétiques et d’implants capillaires, tous unis par la haine des femmes et l’amour de l’argent. En soi un paradoxe puisque ledit argent doit en fin de compte les rendre attirants auprès de ces femmes qu’ils prétendent mépriser.
Réduire ces représentations à quelques sous-cultures numériques serait une erreur. Une étude récente montre que ces traits appartiennent bien au socle de ce que les sciences sociales nomment « la masculinité dominante ».
Une enquête internationale, menée avec la Banque européenne pour la reconstruction et le développement (BERD) auprès de 125 000 personnes dans 70 pays mesure l’adhésion à ces normes grâce à une échelle développée par des psychologues et sociologues, centrée sur cinq dimensions : obsession de la victoire, acceptation de la violence, inhibition émotionnelle, domination sur les femmes et évitement de l’homosexualité. Ces données, les premières à mesurer la masculinité à l’échelle globale, révèlent un résultat frappant : tandis que l’égalité entre les femmes et les hommes progresse avec le développement économique, l’adhésion aux normes de masculinité dominante tend, elle aussi, à croître avec la richesse nationale. Les Etats-Unis constituent, parmi les pays occidentaux, un cas particulièrement marqué.
Récompense sociale
Cette relation s’explique en partie par le rapport au travail des individus adhérant fortement à ces normes, qui sont plus compétitifs et déclarent vouloir travailler davantage. Mais si cette masculinité est associée à un revenu plus élevé, elle comporte néanmoins un coût personnel significatif. Les hommes les plus attachés à ces normes prennent davantage de risques physiques (par exemple en s’affranchissant du port de la ceinture de sécurité) et présentent davantage de symptômes anxieux et dépressifs.
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Source:
www.lemonde.fr

