Alors que la gestion financière du Centre national de la recherche scientifique (CNRS) pour la période 2013-2023 a été largement louée par la Cour des comptes lors d’un récent audit, le dernier conseil d’administration du CNRS a dû voter un budget en déficit de 239 millions d’euros.
Ce brusque changement résulte d’une diminution de son budget de plus d’un demi-milliard d’euros en deux ans, qui provient pour moitié d’une réduction de sa subvention pour charge de service public, et pour l’autre moitié de dépenses supplémentaires imposées par l’Etat (augmentation de la rémunération des personnels, prélèvements sociaux) sans que le budget soit abondé des sommes correspondantes.
Ainsi, en dépit d’une loi de programmation pluriannuelle de la recherche destinée à « mieux financer et évaluer la recherche publique, améliorer l’attractivité des métiers de la recherche et replacer la science dans une relation ouverte avec toute la société », on assiste à un net désengagement de l’Etat.
Cette situation touche aussi les universités et l’ensemble des organismes de recherche. Après le vote de la loi de finances, qui entérinait déjà une diminution sans précédent des moyens du CNRS, le gouvernement lui impose une réduction supplémentaire de 20 millions d’euros.
Cette nouvelle coupe peut à première vue sembler négligeable au regard du budget total de 4 milliards d’euros du CNRS, mais cette interprétation est erronée : comme 91 % du budget du CNRS est mobilisé par la masse salariale (les personnels employés par l’organisme), ce sont les crédits destinés à financer les activités conduites par les laboratoires de recherche qui devront être diminués. Ceux-ci se montent chaque année à environ 270 millions d’euros ; à cette échelle, il s’agit en réalité d’une somme importante.
Stupéfaction
De manière très concrète, en mathématiques, le budget qui a déjà été versé aux laboratoires pour 2026 sera ponctionné de plus de 8 %. Tous les directeurs et directrices d’unité ont reçu, avec stupéfaction, un courrier du PDG du CNRS, Antoine Petit, le 24 mars pour les informer de cette « mise en œuvre du budget rectificatif ». C’est la première fois qu’une telle amputation est réalisée en cours d’exercice budgétaire, alors que les actions de l’année ont déjà été lancées dans les laboratoires. Un quart de l’exercice 2026 est déjà écoulé et les engagements prévus sont brutalement remis en cause.
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Source:
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