Le premier tour de l’élection présidentielle aura lieu dans un an. Une perspective trop lointaine pour oser des prédictions ou décortiquer les intentions de vote. A cette distance de l’échéance, sans aucune certitude sur le paysage du printemps 2027, les sondages présidentiels servent seulement à alimenter la bataille entre les prétendants à l’investiture.
Mais, douze mois avant l’échéance, des enquêtes fouillées comme celle menée par Ipsos BVA-CESI Ecole d’ingénieurs pour Le Monde, le Cevipof et la Fondation Jean Jaurès permettent déjà de déceler les espoirs et les tensions de l’opinion : les Français interrogés dans le cadre d’un très large panel de plus de 10 000 personnes sont à fois lucides sur l’état de leur pays, conscients de l’importance de l’année 2027 et pressés de s’exprimer démocratiquement.
Alors que les élections municipales se sont achevées avec une abstention en progression, signe d’une méfiance toujours importante à l’égard du personnel politique, les sondés se disent intéressés à 86 % par les enjeux de l’élection présidentielle. Après neuf ans de pouvoir d’Emmanuel Macron et quatre ans après une élection de 2022 éludée par un président sortant occupé par le début de la guerre en Ukraine, les Français misent, une nouvelle fois, sur l’échéance suprême pour redessiner la société.
La moitié de notre échantillon estime qu’il faut la « réformer en profondeur » et un quart (24 %) souhaite la « transformer radicalement ». Ce total de 74 %, en progression de 15 points par rapport à mars 2023, illustre autant la volonté de changement des électeurs que leur lassitude par rapport à un pouvoir finissant et totalement embourbé dans des batailles politiciennes depuis les élections législatives de juin 2024.
Chacun des prétendants, même ceux qui ont déjà été candidats comme Jean-Luc Mélenchon ou Marine Le Pen, interprétera cette soif d’alternance comme un signal très positif pour sa propre candidature. Mais, dans une société travaillée par la radicalité et tentée par l’extrême droite, ce contexte oblige surtout le personnel politique à un vrai travail programmatique. Aussi révélatrices du bilan d’Emmanuel Macron que des inquiétudes liées à l’avenir, les préoccupations des Français reflètent des angoisses profondes, celles du déclassement, de l’insécurité ou de la précarité.
La santé, le pouvoir d’achat, la rémunération du travail, la dette, l’attractivité… Sur les 11 premiers sujets évoqués par le panel d’Ipsos, neuf relèvent de sujets économiques et sociaux. Dans un monde où l’Europe subit les conséquences des décisions de Donald Trump, par exemple l’inflation des prix à la pompe, ces peurs doivent être considérées et méritent une véritable confrontation programmatique entre candidats.
Dans un an, après dix années de pouvoir d’un jeune président qui avait promis de réinventer la France sur les échecs des vieux partis, rien ne serait pire qu’une campagne atone, sans fond et sans nouvelles idées. Un affrontement égotique alimenterait la défiance vis-à-vis de l’ensemble du personnel politique. Des promesses sans lendemain ne feraient que créer des espoirs forcément déçus. Se nourrissant des rancœurs, le Rassemblement national (RN) n’aurait alors plus qu’à récolter les fruits de cette nouvelle désillusion, profitant aussi de la passivité de ceux qui prétendent que l’élection est jouée d’avance. Si les deux personnalités du RN, Marine Le Pen et Jordan Bardella, bénéficient de sondages flatteurs, elles sont toujours rejetées par une majorité des Français. Alors que l’actualité ne cesse de montrer aux Français les dangers d’une extrême droite aux responsabilités, des Etats-Unis à la Hongrie, l’élection présidentielle française est loin d’être écrite.
Source:
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