Dévoilée mardi 14 avril lors d’une table ronde du Centre national du livre (CNL), en présence de sa présidente Régine Hatchondo, des responsables de l’étude Alice Tétaz et Étienne Mercier, la cinquième édition de l’étude bisannuelle « Les jeunes Français et la lecture » a confirmé que la lecture résiste globalement chez les jeunes, même si elle recule nettement à l’adolescence, sous l’effet notamment de la montée en puissance des écrans.
« Ça va mal, mais ce n’est pas pire », a ouvert le journaliste David Abiker, qui animait la rencontre. Régine Hatchondo a tenu à relativiser : « Nous avons désormais suffisamment de recul pour constater que le livre reste un objet que les Français aiment. »
Réalisée en partenariat avec Ipsos BVA auprès de 1 500 jeunes âgés de 7 à 19 ans, l’étude repose sur des données collectées entre le 28 janvier et le 9 février 2026. Elle vise à « mesurer, comprendre et identifier les pratiques des jeunes Français vis-à-vis du livre et de la lecture ».
Premier enseignement : la lecture résiste. En 2026, 84 % des jeunes lisent dans un cadre scolaire et 81 % pour leurs loisirs, des niveaux stables par rapport à 2024. Mais cette stabilité masque des évolutions plus contrastées selon l’âge et les usages.
Un décrochage marqué à l’adolescence
Si les plus jeunes restent largement lecteurs, la pratique chute nettement avec l’âge. Plus d’un tiers des 16-19 ans ne lisent pas du tout, et la lecture de loisir diminue fortement : chez les garçons, elle passe de 76 % à 13-15 ans à 56 % à 16-19 ans.
La qualité de lecture semble également affectée. Les adolescents sont moins nombreux que les plus jeunes à comprendre ou apprécier les livres lus dans le cadre scolaire. Parallèlement, la lecture devient de plus en plus fragmentée : 21 % des 7-9 ans déclarent faire autre chose en lisant, contre 45 % des 13-15 ans et 67 % des 16-19 ans.
Comme le souligne Régine Hatchondo : « Même quand ils sont en train de lire, les sollicitations permanentes des réseaux sociaux […] fragmentent leur attention et altèrent profondément leur capacité à se concentrer ».
Des écrans omniprésents
Le poids des écrans apparaît central dans ces évolutions. Les jeunes y consacrent en moyenne 3h01 par jour, et plus de 5 heures pour les 16-19 ans, contre seulement 18 minutes quotidiennes pour la lecture de loisir (-8 minutes en dix ans).
Les usages numériques sont massifs : 56 % des jeunes regardent principalement des vidéos courtes, et la fréquentation des réseaux sociaux atteint 99 % chez les 16-19 ans. Une part importante y consacre au moins une heure par jour.
« Notre étude 2026 révèle […] que les jeunes passent dix fois plus de temps sur leurs écrans […] qu’à lire des livres », a souligné Régine Hatchondo. « Je pense aussi que lutter contre le temps d’écran, c’est redonner de la liberté aux jeunes, qui se laissent enfermer dans les algorithmes », a-t-elle ajouté lors de la table ronde.
Lire pour se détendre
Malgré cette concurrence, la lecture conserve une place importante et reste globalement appréciée, notamment chez les plus jeunes. Pour la première fois, « la détente » arrive en tête des motivations des lecteurs de loisirs, suivie du « plaisir », qui demeure stable, puis de « l’occupation », en nette progression (+8 points par rapport à 2024). Toutefois, dès 13 ans, environ un quart des jeunes déclarent ne pas aimer lire, une proportion plus élevée chez les garçons.
Livre numérique : une pratique contrastée mais en évolution
La lecture numérique connaît des dynamiques contrastées selon les formats. La pratique recule nettement en 2026, avec une baisse de 8 points par rapport à 2024, touchant l’ensemble des catégories, et plus particulièrement les plus jeunes (-13 points par rapport à 2024) ainsi que les garçons (-11 points par rapport à 2024). Malgré ce recul, les adolescents de 16-19 ans restent les principaux utilisateurs de ce format.
À l’inverse, les habitudes de lecture audio apparaissent plus stables, avec une pratique globalement en légère hausse (+1 point par rapport à 2024). L’écoute de livres audio reste particulièrement présente chez les plus jeunes et progresse même chez certaines tranches d’âge, notamment les 10-12 ans et les 16-19 ans.
BD, mangas et romans en tête
Les préférences de lecture confirment certaines constantes. La bande dessinée (albums, mangas, comics) reste le format le plus lu (57 % de la lecture loisir), suivie par les romans, en hausse de 4 points par rapport à 2024, une dynamique portée essentiellement par le lectorat féminin. Les mangas enregistrent un léger recul (-1 point), tout en gardant la côte, notamment chez les garçons.
Capture d’écran du live « Les jeunes Français et la lecture », édition 2026. Alice Tétaz, David Abiker, Régine Hatchondo- Photo DR
Pour télécharger ce document, vous devez d’abord acheter l’article correspondant.
Les genres privilégiés sont l’aventure et l’imaginaire (science-fiction, fantasy, fantastique). La romance conserve quant à elle une place importante, notamment chez les adolescentes : 57 % des lectrices de 16-19 ans lisent de la « dark romance ». Une progression particulièrement marquée chez les plus jeunes, jugée « préoccupante » par Alice Tétaz au regard du contenu de ces ouvrages.
Des pratiques qui ont tendance à évoluer avec l’âge : les 7-12 ans privilégient la BD, les 13-15 ans les mangas, tandis que les 16-19 ans se tournent davantage vers les romans.
Les livres d’occasion en progrès
Malgré un léger recul des achats de livres (-4 points par rapport à 2024), plusieurs facteurs soutiennent encore la lecture. Les livres d’occasion progressent (+5 points par rapport à 2024), notamment chez les 7-12 ans (+7 points par rapport à 2024), tandis que les achats restent importants en grandes surfaces culturelles et en ligne. « C’est une inquiétude pour les librairies que les jeunes achètent de plus en plus sur Internet », a souligné Régine Hatchondo.
Le pass Culture constitue également un levier significatif : près des trois quarts des 15-19 ans le connaissent, et près de la moitié l’ont utilisé pour des achats culturels. La part du livre dans ces achats progresse, notamment chez les garçons.
Les recommandations des proches, en particulier de la mère, restent déterminantes, mais de nouveaux modes d’influence émergent : près de la moitié des jeunes utilisent les réseaux sociaux pour s’informer sur les livres, et les adaptations audiovisuelles suscitent l’envie de lire chez plus d’un lecteur sur deux.
Une transmission familiale en recul
L’étude met en évidence un affaiblissement du rôle de la famille dans la transmission du goût de lire. Si 89 % des jeunes déclarent que leurs parents leur lisaient des histoires lorsqu’ils étaient petits, cette pratique diminue (-7 points en un an).
Par ailleurs, 18 % des jeunes affirment que leurs parents ne lisent pas de livres, contre 7 % en 2016. Enfin, 41 % estiment qu’il y a peu ou pas de livres chez eux.
La question de l’IA a également été évoquée en fin de table ronde. « Il faudra y dédier de nouvelles questions pour la prochaine étude », a estimé Régine Hatchondo.
Réaction du CNL et ébauches de solutions
Face aux constats de l’étude, Régine Hatchondo appelle à renforcer et amplifier les actions déjà engagées en faveur de la lecture des jeunes. La présidente du CNL insiste sur la nécessité de changer d’échelle, en multipliant les rencontres d’auteurs dans les collèges et les lycées, ainsi que les résidences d’écrivains. Elle rappelle que l’objectif central du CNL reste de faire du livre un fil rouge dans la vie des Français.
Plus largement, les intervenants ont souligné l’importance de replacer la lecture au cœur des parcours éducatifs et de la vie familiale, dès le plus jeune âge, afin de renforcer les habitudes de lecture dès l’enfance.
Des prises en charge qui supposent à la fois un meilleur accès aux ouvrages, une valorisation accrue de la lecture, mais aussi un soutien renforcé aux auteurs. Parmi les pistes évoquées figurent notamment la lecture à voix haute et des politiques publiques plus ambitieuses pour redonner au livre une place centrale dans les usages culturels.
Source:
www.livreshebdo.fr

