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Esclavage : « Doit-on nécessairement en passer par la justice pour établir la vérité historique ? »

Le 25 mars, à New York, pour la Journée internationale de commémoration des victimes de l’esclavage et de la traite transatlantique des esclaves, une large majorité des Etats membres des Nations unies a voté une résolution qualifiant l’esclavage et la traite transatlantique des esclaves africains de « plus grave crime contre l’humanité ».

Celle-ci a, sans surprise, aussitôt essuyé l’opposition catégorique des Etats-Unis : le président Donald Trump continue de considérer l’histoire des Afro-Américains comme une menace pour l’intérêt national et pour sa vision personnelle de la vérité historique. Mais d’autres pays occidentaux, dont la France, se sont également abstenus. Alors que la loi de la ministre de la justice Christiane Taubira du 21 mai 2001 avait adopté la qualification de crime contre l’humanité pour l’ensemble des traites, et compte tenu de la volonté affichée par le président Emmanuel Macron d’agir face aux conflits mémoriels les plus périlleux, nul doute que l’abstention française retiendra l’attention.

La qualification de crime contre l’humanité « le plus grave » est l’une des raisons invoquées pour l’abstention du groupe occidental. Cette qualification méconnaît en effet qu’en droit il n’y a pas de hiérarchie de ce type. Quant à la connaissance historique, reconnue par la résolution comme l’un « des éléments essentiels de la réconciliation et d’une paix durable », elle ne peut admettre que ses conclusions soient déterminées par avance. De plus, l’insistance sur les seuls « esclavage et traite transatlantique » laisse penser que l’histoire servirait à stigmatiser les actuelles nations héritières des puissances responsables des faits incriminés. Pour autant, la démarche du Ghana et des pays africains et caraïbes appelle une réflexion de fond sur la justice, l’histoire et la vérité.

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Comme l’a montré récemment la démarche de l’Algérie, dont l’Assemblée a voté, en décembre 2025, une loi criminalisant la colonisation (depuis amendée par le Sénat), la volonté des pays du Sud de qualifier en droit pénal des pans majeurs de l’histoire de l’humanité dit d’abord une forme de détresse devant le silence qui les entoure. Détresse des sociétés, plus encore que des Etats, ces derniers poursuivant des agendas politiques propres. Il n’est plus possible d’ignorer cette demande. Mais le passage par le droit est-il la meilleure solution ? Ce n’est pas si sûr.

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Source:

www.lemonde.fr