Imaginez une cafetière à capsules sans capsules. Plus besoin d’aluminium ou de plastique, les dosettes de café moulu seraient enrobées d’une fine membrane végétale et biodégradable. Imaginez encore des gorgées d’eau que l’on pourrait manipuler et glisser dans ses poches. Il suffirait d’ingurgiter ces petits sacs de liquide translucides et comestibles pour se désaltérer. Futuriste ? En réalité, tout cela existe déjà, à petite échelle, grâce à une molécule méconnue du grand public et pourtant omniprésente dans notre quotidien : l’alginate.
Tirée des algues brunes, qui vivent au large des régions tempérées et polaires, la molécule est exploitée depuis près d’un siècle pour ses propriétés gélifiantes ou épaississantes. On la retrouve dans nos pâtes de dentifrice, nos yaourts ou crèmes glacées, dans nos moulages d’empreintes dentaires, nos masques de beauté ou nos médicaments. Et parce qu’elle est biosourcée et biodégradable, l’alginate a le vent en poupe. Elle rencontre un succès croissant auprès des industriels à la recherche d’alternative aux produits pétrochimiques. Elle est aussi au cœur d’une multitude de publications scientifiques, qui explorent ses potentiels en agroalimentaire ou en pharmaceutique. Car elle est loin d’avoir livré tous ses secrets.
Sous un soleil radieux de printemps, Daniel Glidic regagne le petit port de Roscoff, sur la côte nord du Finistère. Son bateau de 9 mètres, dont le bleu vif brille entre ciel et mer, est chargé ras la gueule d’algues brunes. Dix tonnes environ. A cette saison, ce sont des Laminaria hyperborea. Leur silhouette peut ressembler à une plante ; il n’y a pourtant ni feuilles, ni tige, ni racines. A la place, on distingue de longues lames plates (d’où le surnom de « laminaires »), un stipe (qui fait office de tige) épais et rugueux, puis des crampons qui s’agrippent dans les fonds marins jusqu’à 35 mètres. L’algue, qui pousse naturellement près des côtes bretonnes, n’a pas besoin de puiser les éléments nutritifs dans le sol, puisqu’elle a tout à disposition dans l’eau. En mai, la pêche de Laminaria hyperborea cédera la place à celle de Laminaria digitata, que l’on reconnaît à son stipe plus fin, flexible et court, et qui s’épanouit jusqu’à 7 mètres de profondeur.
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Source:
www.lemonde.fr

