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Interview : une nouvelle économie spatiale se prépare au-dessus de nos têtes, et l’Europe ne veut pas la rater

Dans un contexte où les agences spatiales et le secteur privé se préparent à l’ère post-ISS, l’orbite basse s’impose comme un nouvel horizon stratégique qui verra l’émergence de stations spatiales privées, le développement économique de l’orbite basse qui favorisera de nouveaux usages de l’espace ainsi que son arsenalisation et sa militarisation.

Dans ce contexte en pleine mutation, on s’attend à ce que l’industrie des infrastructures spatiales trouve de nouveaux relais de croissance et d’innovations. Alors que l’Europe s’efforce de définir son rôle dans le secteur du New Space, dans ce domaine elle a l’opportunité de se démarquer.

Pour mieux comprendre les enjeux de cette nouvelle ère de la conquête spatiale, nous nous tournons vers Sylvain Bataillard, co-fondateur et Chief Strategy Officer chez HyPrSpace.

Interrogé dans le cadre d’une table ronde qui s’est tenue au Palais des Festivals et des Congrès de Cannes le 25 mars 2026, portant sur le thème « Infrastructures Spatiales : Initiatives privées et destinations Commerciales en orbite Basse (CLD) de demain », Sylvain Bataillard nous fait part de son expertise sur les collaborations en cours, les technologies émergentes et l’impact des partenariats public-privé sur l’utilisation et l’occupation de l’orbite basse.

Futura : Quelles sont les principales entreprises privées européennes qui investissent actuellement dans les infrastructures spatiales en orbite basse, et quels sont leurs projets respectifs ?

Sylvain Bataillard : Le paysage européen du New Space est en pleine effervescence, et HyPrSpace s’y inscrit au sein d’un écosystème de partenaires complémentaires. Par exemple, voici quelques acteurs avec lesquels nous collaborons directement et qui illustrent bien l’intérêt croissant pour l’orbite basse :

Atmos Space Cargo (Europe) : nous avons signé un MoU en novembre 2025 pour développer ensemble une chaîne logistique européenne complète de lancement et de rentrée atmosphérique, en intégrant nos lanceurs avec leur capsule de rentrée réutilisable Phoenix 2 ;Space Cargo Unlimited et Comat (France) : acteurs de la microgravité et des free-flyers en orbite basse, avec lesquels nous explorons des synergies sur les missions de recherche embarquées ;The Exploration Company (Europe) : cette startup développe la capsule cargo réutilisable Nyx, dédiée aux livraisons en station orbitale et aux services de microgravité.

Futura : Comment les initiatives privées complètent-elles ou concurrencent-elles les programmes spatiaux gouvernementaux dans le contexte de l’orbite basse ?

Sylvain Bataillard : La dynamique est davantage complémentaire que concurrentielle, du moins en Europe. Les gouvernements et les agences, ESA, Cnes, DGA, restent les donneurs d’ordre principaux et les garants de la souveraineté stratégique, tandis que le secteur privé apporte l’agilité, la réduction des coûts et l’innovation.

Le programme Commercial LEO Destinations de la Nasa, qui confie l’après-Station spatiale internationale au secteur privé, illustre à quel point cette complémentarité peut être structurante.

En Europe, l’ESA a lancé début 2026 une intention d’appel d’offres pour des études de faisabilité d’une station orbitale souveraine européenne, un signal fort que l’Europe veut éviter une dépendance totale aux infrastructures privées américaines. Le programme France 2030, à travers lequel le Cnes a sélectionné plusieurs sociétés de services de lancement dont HyPrSpace, illustre bien cette logique de co-investissement public-privé.


L’usine spatiale de Space Cargo Unlimited. Ce véhicule spatial, qui reprend la forme de l’IXV, sera réalisé par Thales Alenia Space. © Space Cargo Unlimited

Futura : Quelles sont les principales technologies développées pour soutenir les activités commerciales en orbite basse ? Quels sont les projets d’HyPrSpace dans ce domaine ?

Sylvain Bataillard : Plusieurs grandes familles technologiques structurent aujourd’hui la compétition en LEO : les lanceurs de petite et moyenne classe pour un accès flexible et abordable, les capsules cargo réutilisables pour l’approvisionnement et le retour de charges utiles, les constellations de satellites pour la connectivité et l’observation, et les plateformes de recherche en microgravité.

Vue d'artiste d'une partie de la station spatiale d'Axiom, dont les modules sont construits par Thales Alenia Space. © Axiom Space

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HyPrSpace s’inscrit dans ce paysage avec sa propulsion hybride brevetée, une technologie scalable depuis les applications suborbitales jusqu’à l’orbite, qui constitue la brique commune à l’ensemble de notre gamme de lanceurs.

Sur le volet des services en microgravité, notre partenariat avec Atmos Space Cargo nous permettra par exemple de proposer une chaîne logistique complète de bout en bout : lancement avec HyPrSpace, retour de charge utile avec leur capsule Phoenix 2, le tout depuis le sol européen.

Futura : Quels défis logistiques et techniques les entreprises doivent-elles surmonter pour établir des infrastructures viables en orbite basse ?

Sylvain Bataillard : Les défis sont multiples et interdépendants. La réduction des coûts et la fréquence d’accès à l’espace reste le verrou fondamental, mais il existe des défis logistiques souvent sous-estimés.

Prenons l’exemple du secteur biomédical : la chaîne de transport des expériences biologiques vers les lanceurs américains souffre d’un manque critique d’alimentation électrique avant et pendant le vol, ce qui rend obsolètes de nombreuses expériences avant même leur lancement.

La douane représente également un frein réel, et un pas de tir en France ou en Europe serait un avantage logistique majeur pour nos clients.

S’y ajoutent les délais d’attente imposés par les stations CLD, c’est-à-dire les Commercial LEO Destinations, futures stations orbitales privées appelées à succéder à l’ISS, dont les cycles peuvent dépasser 18 mois, difficilement compatibles avec les roadmaps R&D de nombreux secteurs industriels.

Les débris spatiaux, une menace croissante. © Naufal, Adobe Stock (image générée avec IA)

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La gestion des débris orbitaux, la cybersécurité et la qualification des systèmes en environnement spatial viennent compléter ces défis.

Futura : Quelles seront les principales destinations commerciales en orbite basse dans les prochaines décennies, et quels types d’activités y seront réalisés ?

Sylvain Bataillard : La LEO va connaître une diversification radicale de ses usages. Les stations orbitales commerciales accueilleront de la recherche pharmaceutique, des matériaux avancés et de la biologie spatiale, mais leur modèle d’accès présente des contraintes réelles : coûts élevés, délais d’attente longs et cycles de récupération pouvant dépasser 18 mois.

C’est précisément là qu’un lanceur suborbital comme Baguette One représente une alternative complémentaire et bien plus réactive pour les scientifiques et industriels souhaitant itérer rapidement leurs expériences en microgravité.

Les constellations de connectivité, la surveillance et le renseignement, ainsi que le lancement réactif pour des besoins institutionnels et stratégiques compléteront ce tableau d’une LEO de plus en plus dense et diversifiée.

Airbus LOOP StationSpatiale Airbus
Vue d’artiste d’un module « Loop » d’Airbus intégré à une station spatiale commerciale. © Airbus

Futura : Comment la réglementation internationale et nationale affecte-t-elle le développement des infrastructures spatiales privées ?

Sylvain Bataillard : Selon les situations, la réglementation peut être un levier de développement ou un obstacle à surmonter. En France, la Loi relative aux opérations spatiales (LOS) encadre strictement les autorisations de lancement et la responsabilité des opérateurs, ce qui impose aux sociétés qui proposent des services de lancement comme HyPrSpace des processus de certification exigeants.

Au niveau européen, la Stratégie spatiale pour la sécurité et la défense (EUSSSD), pilotée par la DG DEFIS, structure les programmes de souveraineté comme le projet pilote auquel participe HyPrSpace.

Le Traité de l’Espace Extra-atmosphérique de 1967 impose, quant à lui, la responsabilité des États pour les activités spatiales de leurs ressortissants privés, ce qui renforce l’importance des relations institutionnelles que les startups entretiennent avec leurs gouvernements respectifs.

Futura : Quel rôle les partenariats public-privé jouent-ils dans l’avancement des projets d’infrastructures spatiales en orbite basse ?

Sylvain Bataillard : En Europe, les PPP (partenariats public-privé) sont la colonne vertébrale du New Space. Sans eux, la plupart des startups ne pourraient pas atteindre le stade du premier vol.

Pour HyPrSpace, ce soutien se matérialise à plusieurs niveaux :

le programme France 2030, qui a co-financé notre projet PADA1 à hauteur de 35 M€ ; notre Série A de 21 M€ auprès d’investisseurs privés ;et plus récemment notre sélection en première position dans le projet pilote de la Commission européenne sur les lancements réactifs.

L’ESA joue également un rôle d’architecte essentiel de ces PPP à l’échelle européenne, en finançant des études de faisabilité pour des stations orbitales et en contractualisant avec des industriels pour des services cargo en LEO.

Futura : Comment les stations spatiales commerciales, comme celles proposées par certaines entreprises, pourraient-elles transformer la recherche scientifique et les expériences en microgravité ?

Sylvain Bataillard : La transition vers des stations commerciales, qu’il s’agisse de l’ISS dans sa phase finale ou des futures stations CLD qui lui succéderont, représente un changement de paradigme profond pour la recherche scientifique. Ces plateformes permettront à des acteurs de la space biotech de conduire en continu des expériences impossibles à réaliser sur Terre, pour la production de biomatériaux, de médicaments ou de matériaux avancés.

Pour les laboratoires qui ne peuvent pas attendre les délais d’accès aux stations orbitales, notre modèle suborbital à haute fréquence de lancement offre une réponse complémentaire : dérisquer des expériences avant de les envoyer sur l’ISS, prouver leur crédibilité auprès d’investisseurs, ou multiplier les itérations dans un temps réduit.

Du secteur académique au secteur industriel, en passant par les institutions et les startups, nous avons constaté que Baguette One attirait un spectre large d’acteurs séduits par la réactivité et l’accessibilité comme première marche vers les missions orbitales.

Futura : Des infos sur l’étude d’HyPrSpace de lancements réactifs de l’Union européenne ?

Sylvain Bataillard : C’est l’une des actualités les plus significatives pour HyPrSpace de ce début 2026.

En janvier 2026, nous avons annoncé que le consortium auquel nous participons a été sélectionné, en arrivant premier de l’appel d’offres, par la Commission européenne dans le cadre du projet pilote « Mobile Responsive Launch Systems ».

Ce programme est piloté par la Direction générale de l’industrie de défense et de l’espace (DG DEFIS), en lien direct avec la Stratégie spatiale de l’Union européenne pour la sécurité et la défense (EUSSSD), avec le soutien du Parlement.

Lancé en juillet 2025, ce projet pilote vise à explorer et à évaluer des concepts de lancement spatial mobile et réactif, capables de placer rapidement des satellites en orbite en réponse à des besoins de crise ou de souveraineté.

Photoillustration avec le lanceur Ariane 6 au premier plan. © XD avec ChatGPT

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La Commission européenne finance cette étude pour :

identifier les besoins opérationnels et stratégiques européens en matière de lancement réactif ;proposer des solutions techniques et organisationnelles concrètes ;tracer une trajectoire crédible vers des services opérationnels souverains.

Dans ce cadre, le consortium mené par PwC est chargé de formuler des réponses opérationnelles, technologiques et industrielles complètes, depuis l’analyse des besoins jusqu’à la définition de trajectoires de développement.

Arriver premier de cet appel d’offres européen est une reconnaissance forte de la crédibilité de notre approche et de notre positionnement unique sur le segment du lancement réactif et souverain en Europe.


Source:

www.futura-sciences.com