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Cadmium : « A force de privilégier les volumes, la sécurité alimentaire a relégué au second plan la sécurité sanitaire »

La sécurité alimentaire est aujourd’hui au cœur du débat public, souvent envisagée sous l’angle de la production et des volumes. Mais les pollutions liées aux pratiques agricoles rappellent une réalité essentielle : on ne peut garantir durablement l’alimentation sans intégrer pleinement les enjeux sanitaires. Seulement, peut-on encore parler de sécurité alimentaire lorsque ce que nous produisons finit par dégrader la santé humaine ?

Des décennies durant, la sécurité alimentaire a d’abord été pensée sous l’angle du rendement, de l’approvisionnement et de l’autonomie. Cette grille de lecture a durablement structuré les politiques agricoles. Elle était légitime : nourrir une population n’est jamais une question secondaire. Mais cette définition ne suffit plus. En réalité, l’agriculture ne se résume pas à la quantité de sa production. Elle engendre également des effets, parfois imperceptibles, sur la qualité des sols, de l’eau et de l’alimentation et, au bout de la chaîne, sur notre santé.

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Les pollutions issues des pratiques agricoles en apportent aujourd’hui la démonstration. Non parce qu’elles désigneraient une responsabilité unique, mais parce qu’elles révèlent une limite plus profonde de notre manière d’évaluer la performance agricole : à partir de ce qu’elle produit, sans intégrer à la même hauteur ce qu’elle dégrade.

Le chlordécone en est un exemple. Utilisé pendant des années dans les bananeraies antillaises, il a contaminé durablement les sols, l’eau et les chaînes alimentaires, avec des conséquences sanitaires profondes dans des territoires où l’incidence du cancer de la prostate figure parmi les plus élevées au monde. Il rappelle surtout une réalité essentielle : en agriculture, le temps de la production n’est pas celui des contaminations. On récolte en quelques mois, mais on expose parfois pour des décennies.

Une dimension plus insidieuse

Les nitrates illustrent la même tension. En Bretagne, l’intensification agricole et l’excès d’azote alimentent les proliférations d’algues vertes. Ce phénomène, à la fois écologique, sanitaire et politique, montre comment un modèle productif peut dégrader les milieux tout en en transférant le coût à la collectivité.

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Source:

www.lemonde.fr