Il pourrait s’agir d’une simple brèche si elle n’était pas significative du séisme continu que subissent les droits des femmes ces dernières années. Pour la première fois depuis sa création en 1946 à New York, la Commission de la condition de la femme (CSW) a dû faire adopter ses conclusions finales par vote, au lieu du traditionnel consensus, de mise depuis quatre-vingts ans. Du jamais-vu dans ce forum, le plus important sur la question des droits des femmes, et dont les « conclusions concertées » servent de référence, de langage « agréé » au sein des gouvernements et des agences onusiennes, opposable à quiconque chercherait à revenir en arrière. Mais ce 9 mars 2026, à l’image du droit international ou du multilatéralisme, la mécanique bien huilée de la CSW a volé en éclats sous les coups de boutoir de l’administration américaine.
La délégation des Etats-Unis avait d’abord tenté de reporter l’adoption du texte, puis d’en obtenir le retrait, avant de proposer 70 amendements ciblant les références à la santé reproductive, à l’égalité de genre et à la régulation de l’intelligence artificielle. Au final, le texte fut adopté sans les amendements, et sur 44 voix exprimées parmi les 55 Etats membres, 37 pays se sont prononcés pour, 6 se sont abstenus (dont 5 d’Afrique et l’Arabie saoudite), et un seul, les Etats-Unis, n’a pas signé. Mais, même si sur le papier l’arithmétique a fonctionné, pour les défenseurs des droits des femmes, la portée symbolique de cette remise en cause du consensus reste monumentale. D’une violence inouïe pour celles et ceux qui perpétuent l’héritage des militantes qui ont fondé la Commission. Celles-là mêmes qui, dans la déclaration des droits de l’homme, avaient refusé que le mot « homme » soit synonyme d’humanité.
« Il s’agit là d’une bascule inédite, explique Julie Gonnet, responsable du genre, de l’égalité et de l’inclusion à l’Agence française de développement et présente à New York durant la CSW. Les positions portées notamment par la délégation américaine visaient à remettre en cause certains acquis fondamentaux. »
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Source:
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