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L’OL Lyonnes, figure de proue d’un football féminin français encore marqué par une « précarité structurelle »

Un air de déjà-vu flottera dans l’air de l’Emirates Stadium, à Londres. Dimanche 26 avril, Arsenal reçoit l’OL Lyonnes en demi-finale aller de la Ligue des champions de football, avant le match retour prévu, samedi 2 mai, au Groupama Stadium, à Décines-Charpieu (Rhône). En 2025, une affiche identique, au même stade de la compétition, avait donné lieu à un face-à-face spectaculaire, à l’issue inattendue. Vainqueures sur la pelouse de leurs rivales anglaises pour le premier acte de leur double affrontement (2-1), les Fenottes s’étaient effondrées quelques jours plus tard à domicile (1-4). Le 24 mai 2025, les Gunners s’offraient le deuxième sacre de leur histoire dans le tournoi, aux dépens du FC Barcelone.

« Arsenal est une équipe de haut niveau, reconnaît Lily Yohannes, la milieu de terrain des Lyonnes. Mais nous ne pensons pas vraiment à l’adversaire, nous nous concentrons sur nous-mêmes et nous savons que si nous réalisons notre meilleure performance, nous pouvons battre n’importe qui. » Le club rhodanien a pour lui la force de l’expérience : cette saison marque sa 15e participation au dernier carré de la Ligue des champions – pour 11 finales et huit titres. Une performance inégalée. Derrière, le Barça et les Gunners comptent neuf apparitions en demi-finales.

Sur la scène nationale, la domination des Fenottes est encore plus insolente : largement en tête de la saison régulière de Première Ligue, le championnat de première division française – dont le titre se joue, depuis la saison 2023-2024, en playoffs –, elles en ont remporté toutes les éditions, sauf une, depuis 2007 ; elles totalisent dix Coupes de France et se sont adjugé, au mois de mars, la toute première édition de la Coupe de la Ligue.

Absence de convention collective

L’OL Lyonnes est la figure de proue du football féminin français ; celle qui en masque les carences, à l’heure où celui-ci accuse un retard de plus en plus important sur d’autre pays européens, à commencer par l’Angleterre. La création d’une Ligue spécifique, la LFFP (Ligue féminine de football professionnel), en juillet 2024, devait permettre d’enrayer ce phénomène.

Trois saisons plus tard, « des efforts » ont été fournis, reconnaissent les capitaines des équipes de première et deuxième divisions du pays, dans une tribune publiée, mardi 21 avril, par le quotidien L’Equipe. « Cependant, il manque l’essentiel », ajoutent-elles, à savoir une « convention collective ». L’absence de cadre juridique régissant le statut de joueuse – minima salariaux, encadrement des contrats, protection en cas de blessure, droit à l’image, etc. – place les footballeuses dans une situation de « précarité structurelle ».

L’enjeu est d’autant plus fort que la crise économique, qui secoue depuis plusieurs années l’écosystème du secteur masculin en raison de l’effondrement des droits télévisés, les concerne directement. En effet, une partie de cette manne était allouée au développement des sections féminines. Ainsi, de nombreux clubs décident d’y réduire leurs investissements, quand ils ne songent pas tout bonnement à s’en séparer.

Dernier exemple en date : celui du Dijon Football Côte-d’Or (DFCO), où la seule activité féminine est déficitaire à hauteur de 1,5 million d’euros pour l’exercice 2025-2026. L’équipe, créée en 2006 et dans l’élite depuis 2018, est actuellement 6ᵉ de la Première Ligue, signant l’une des meilleures saisons de son histoire. Néanmoins, celle-ci pourrait être leur dernière chez les professionnelles. Faute de repreneur, les Bourguignonnes repartiront à un échelon inférieur en 2026-2027, sans « aucune garantie (…) quant au niveau de compétition », précisait le DFCO dans un communiqué, publié dimanche 5 avril. En fonction de son budget, le club pourrait même renoncer à son agrément de centre de formation féminin, « inadapté à la réalité actuelle ».

« Variables d’ajustement »

Si ce scénario se précisait, il s’agirait de la troisième section féminine à être dissoute en trois ans en France. L’ASJ Soyaux, l’un des plus vieux clubs formateurs du football féminin français, avait déposé le bilan à l’été 2023, une saison après sa relégation sportive en deuxième division. En 2024, les féminines de Bordeaux ont pâti de la mauvaise gestion financière de la section masculine et sont reparties au niveau amateur.

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« Ces situations ne sont pas des accidents. Elles révèlent une réalité que nous vivons toutes : dans le football professionnel français, les sections féminines sont trop souvent l’une des premières variables d’ajustement », constatent les capitaines des équipes de première et deuxième divisions dans leur tribune.

Le rachat de l’OL Lyonnes par la femme d’affaires américaines Michele Kang, en 2023, a sans doute évité aux Fenottes d’être touchées par les soubresauts financiers de leurs homologues masculins. Présent sans discontinuer en première division depuis 1989, sept fois champion de France entre 2002 et 2008, l’Olympique lyonnais a été sauvé in extremis d’une relégation administrative en Ligue 2 à l’été 2025, en raison de dettes.

Lire aussi : Article réservé à nos abonnés Michele Kang : « Notre projet pour l’Olympique lyonnais peut accélérer le développement du football féminin en France »

Cette autonomie permet de garantir la stabilité sportive du club, tandis que les autres locomotives du football français féminin peinent à faire preuve de régularité. Le Paris Saint-Germain, qui avait émergé comme un concurrent sérieux de la formation rhodanienne, au mitan des années 2010, ne s’est pas qualifié ces deux dernières saisons pour la phase à élimination directe de la Ligue des champions et occupe une 3ᵉ place décevante en championnat.

Au-delà des projets ambitieux, mais récents, menés au Paris FC et à l’Olympique de Marseille – promu en première division pour la première fois cette saison et en passe de se maintenir –, l’OL Lyonnes représente une constante autant qu’un gage de stabilité au moment d’affronter Arsenal en demi-finale de la compétition continentale.


Source:

www.lemonde.fr