« Arrête ! C’est ici l’empire de la mort. » Inscrite à l’entrée de l’ossuaire des catacombes de Paris, cette adresse au visiteur fait toujours son petit effet. Louis-Etienne Héricart de Thury (1776-1854) avait tenu à y faire figurer ce vers tiré de L’Enéide, de Virgile. A partir des années 1810, cet inspecteur général des carrières a mis en scène cet ossuaire municipal, en agrémentant de maximes des panneaux séparant des murs d’ossements, derrière lesquels finiront par s’entasser les squelettes de quelque 6 millions de Parisiens. « Ces citations invitent à réfléchir à la fragilité de l’existence, note Isabelle Knafou, l’administratrice des catacombes de Paris. Mais, à l’époque, chacun savait aussi qu’Enée avait fini par ressortir des Enfers. » Plonger dans l’effroi pour revenir à la vie.
Ce gigantesque memento mori vient de faire peau neuve. Gérées par la Ville de Paris, les catacombes vont rouvrir au public le mercredi 8 avril après cinq mois de travaux, pour proposer une nouvelle scénographie, plus épurée, qui, espère Isabelle Knafou, permettra de rompre avec une image de « parc d’attractions » parfois tenace. Avec 600 000 visiteurs par an, « on ne peut pas nier que nous sommes un lieu touristique, mais un tel site impose une notion d’égalité dans la mort, que l’on voit physiquement et que l’on comprend philosophiquement, dit-elle. Dans cette ville, sous nos pieds, il y a trois fois plus de morts que de vivants. »
C’est cette proximité directe avec les morts que, adossée à un comité scientifique, elle a tenu à préserver, alors qu’on l’invitait à les mettre à distance pour les protéger. Un dilemme posé à nombre de responsables de collections présentant des restes humains – nous y reviendrons. « C’est la meilleure barrière contre l’irrespect. Au fil de la visite, le ton change, raconte-t-elle. Les rigoleurs sont pris aux tripes. Souvent, cela se transforme en une promenade philosophique et spirituelle. » Même si des caméras sont là pour prévenir les graffitis et le vol.
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