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AccueilScience« Un dosage urinaire de cadmium n’est pas un diagnostic »

« Un dosage urinaire de cadmium n’est pas un diagnostic »

L’accord annoncé le 7 avril entre l’Assurance-maladie et les syndicats de biologistes médicaux sur le remboursement du dosage du cadmium mérite une lecture critique. Non parce qu’il serait illégitime, mais parce qu’il matérialise un glissement conceptuel que la médecine ne peut pas se permettre d’ignorer : la confusion entre mesure d’exposition, dépistage clinique et prédiction d’un risque individuel.

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Partons des faits. L’Anses [Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail] a documenté qu’environ la moitié de la population française présentait en 2025 des niveaux d’imprégnation au cadmium dépassant les valeurs sanitaires de référence. Ce métal lourd à élimination lente, classé cancérogène, transite principalement par des aliments de consommation courante : céréales, pain, pommes de terre, légumineuses, crustacés, mais par le tabac. La contamination est d’origine agricole, liée à la source des engrais phosphatés dont la teneur maximale autorisée en France dépasse encore le seuil recommandé par l’Anses elle-même. Le problème est réel et appelle à des réponses précises.

La confusion tient à l’amalgame de champs hétérogènes. La dose hebdomadaire tolérable établie par l’EFSA, l’autorité européenne de sécurité des aliments, est une valeur de gestion du risque construite à partir d’un modèle reliant exposition alimentaire et marqueur précoce d’atteinte rénale. Ce n’est pas un seuil de maladie ; c’est un outil de priorisation collective. Dépasser cette valeur dans une estimation populationnelle justifie une réduction des apports à l’échelle d’un groupe ; cela ne préjuge pas du devenir clinique d’un individu en fonction de son exposition individuelle. La biosurveillance humaine, telle que la définissent les programmes Esteban ou HBM4EU, sert à orienter l’évaluation des risques à l’échelle de populations. Elle n’a pas été conçue, ni validée, comme instrument de dépistage individuel des possibles complications d’une exposition.

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Source:

www.lemonde.fr