Annonce publicitairespot_img
AccueilLifestyleRéseaux sociaux : « L’attention humaine n’est pas une ressource industrielle comme une...

Réseaux sociaux : « L’attention humaine n’est pas une ressource industrielle comme une autre »

Les décisions rendues récemment aux Etats-Unis marquent peut-être un tournant majeur. Le 24 mars, un jury du Nouveau-Mexique a condamné Meta à 375 millions de dollars pour avoir, selon lui, nui à la santé mentale et à la sécurité de mineurs. Le 25 mars, à Los Angeles, un jury a jugé Meta et YouTube responsables d’avoir conçu des produits favorisant l’addiction d’une jeune femme mineure au moment des faits, avec 6 millions de dollars de dommages retenus au total. Dans les deux cas, le débat s’est déplacé : il ne porte plus seulement sur les contenus, mais sur la conception même des plateformes.

Ce déplacement est essentiel. Depuis des années, une partie de l’économie numérique repose sur une logique simple : capter l’attention, prolonger le temps passé, multiplier les interactions, puis transformer cette intensité d’usage en revenus. Le défilement infini, la lecture automatique, les notifications de réengagement ou certains systèmes de recommandation ne sont pas de simples détails ergonomiques. Ce sont des choix de conception délibérés. Et ces choix orientent et modèlent les comportements.

Or, l’attention humaine n’est pas une ressource industrielle comme une autre. Pour les neurosciences, elle est une fonction limitée, précieuse, continuellement sollicitée, qui conditionne notre capacité à apprendre, à mémoriser, à discerner, à travailler et à entrer en relation. Quand l’environnement technique fragmente sans cesse nos focalisations, ne prévoit pas de fin d’usage naturelle et relance l’usage au moment même où il devrait s’interrompre, il ne se contente pas d’accompagner nos habitudes : il les façonne en profondeur.

Fixer des limites claires

Le sommeil rappelle chaque jour cette limite : nous ne sommes pas faits pour une stimulation continue. Nous avons besoin de rythmes, de transitions, de seuils, de baisse d’intensité. Or, une partie croissante de notre environnement numérique est pensée à l’inverse : sans fin claire, sans véritable point d’arrêt, avec pour horizon implicite la poursuite de l’usage.

Il vous reste 61.58% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.


Source:

www.lemonde.fr