Un projet qui remonte à octobre 2024… presqu’un an après sa réélection. Mercredi soir 6 mai à Kinshasa, Félix Tshisekedi a déclaré qu’il est prêt pour un troisième mandat si les Congolais le demandent. Ce n’est pas la première fois qu’il aborde le sujet. En octobre 2024, lors d’un meeting à Kisangani, chef-lieu de la province de la Tshopo, il avait annoncé la mise en place d’une commission chargée de rédiger une nouvelle Constitution. Il avait alors précisé que changer le nombre de mandats n’est pas la tâche du président, mais celle du peuple. Un mois plus tard, à Lubumbashi, chef-lieu du Haut-Katanga, il réaffirmait cette position malgré les critiques de l’opposition et de la société civile.
Publié le : 07/05/2026 – 17:36Modifié le : 07/05/2026 – 17:45
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Première pièce : mobiliser le parti
Le 11 octobre 2024, le secrétaire général de l’UDPS, Augustin Kabuya, envoie une circulaire à toutes les structures du parti, des cadres provinciaux jusqu’aux cellules locales. Il leur demande de mobiliser leurs bases pour soutenir la révision constitutionnelle et de sensibiliser les militants sur ce qu’il appelle le bien-fondé du processus.
Kabuya présente cette réforme comme une promesse électorale et comme un testament politique d’Étienne Tshisekedi, fondateur de l’UDPS et père du président, qui avait boycotté le référendum constitutionnel de 2006. La Constitution actuelle, dit-il, a été rédigée à l’étranger et ne répond plus aux réalités du pays. Il va plus loin : il présente l’initiative comme un devoir de mémoire envers l’ancien leader.
Deuxième pièce : trouver des arguments juridiques
Le camp présidentiel n’attaque pas directement l’article 220, celui qui interdit de toucher à la durée et au nombre des mandats présidentiels. Il avance d’abord sur d’autres terrains.
En novembre 2024, à Lubumbashi, Félix Tshisekedi met en avant l’article 217 de la Constitution. Cet article autorise la RDC à conclure des accords comportant un abandon partiel de souveraineté en vue de promouvoir l’unité africaine. Félix Tshisekedi estime que cet article consacre, selon ses propres mots, la vente de la souveraineté congolaise à des États africains.
Martin Fayulu et Moïse Katumbi répondent avec des exemples : cet article existe dans plusieurs autres Constitutions africaines. Pour eux, il n’a jamais posé problème ailleurs et son invocation n’est qu’un prétexte pour ouvrir un débat plus large sur la révision.
Troisième pièce : lancer une consultation formelle
Le 20 avril 2026, André Mbata, secrétaire permanent de l’Union sacrée, publie un communiqué. Il invite partis politiques, ONG, confessions religieuses, syndicats, juristes et citoyens à soumettre leurs propositions sur une éventuelle révision constitutionnelle avant le 20 mai. Après cette date, une commission technique doit synthétiser les contributions et remettre un rapport au président, qui procédera à un arbitrage.
Le député Christian Mwando, président du seul groupe d’opposition à l’Assemblée nationale et élu du parti de Moïse Katumbi, dit que l’objectif de cette initiative est de fournir un mandat supplémentaire à Tshisekedi. La coalition de Martin Fayulu partage ce refus. Son porte-parole, Prince Epenge, estime que s’il y a des consultations à mener, elles devraient porter sur l’eau, l’électricité, l’insécurité et la pauvreté qui touchent toutes les provinces.
Quatrième pièce : une loi référendaire à l’Assemblée
Une proposition de loi sur l’organisation du référendum est déposée à l’Assemblée nationale par le député Gaspard Ngondankoy. Le texte est jugé recevable. Pour l’opposition, ce texte vise à contourner l’article 220 par la voie référendaire, puisque la procédure ordinaire de révision ne permet pas de toucher aux dispositions intangibles.
Gaspard Ngondankoy répond que la rigidité de la Constitution ne signifie pas l’éternité de ses dispositions et qu’aucune génération ne peut enchaîner une autre par ses lois. Le peuple peut donc, selon lui, par référendum, revenir sur ce qu’il a lui-même sanctuarisé dans l’article 220.
L’opposition relève par ailleurs qu’André Mbata, qui pilote la consultation pour la coalition au pouvoir, est également président de la commission politique de l’Assemblée nationale, celle-là même chargée d’examiner ce texte.
Cinquième pièce : une mobilisation dans les Églises évangéliques
Une mobilisation parallèle se structure autour des Églises dites de réveil. Depuis l’arrivée de Tshisekedi au pouvoir, certains de leurs dirigeants gravitent dans son cercle immédiat.
Dans un grand hôtel de Kinshasa, le pasteur Ejiba Yamapia, responsable de l’Église de réveil au Congo, l’une des plus grandes fédérations évangéliques du pays, organise une matinée de réflexion des leaders chrétiens.
Ejiba Yamapia annonce que d’autres réunions suivront et que l’objectif est de constituer une coalition de la société civile dotée d’un secrétariat technique.
Pendant ce temps, la consultation lancée par Mbata court jusqu’au 20 mai. La loi référendaire est en examen à l’Assemblée nationale. La CENCO, l’Église catholique, qui avait mis en garde ces derniers mois contre toute révision de l’article 220, se concerte.
Invité Afrique MidiRDC: une révision de la Constitution pour permettre au président Tshisekedi de briguer un 3e mandat?
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Source:
www.rfi.fr

