Publié le 15 avril chez Casterman, l’adaptation en bande dessinée de l’œuvre de Mary Shelley, Frankenstein, revisitée par l’illustrateur David Sala se hisse à la 12e place du classement BD dressé par NielsenIQ Book Data/Livres Hebdo. Une performance peu habituelle pour un ovni éditorial proposé à 28 euros, tiré à 30 000 exemplaires et déjà écoulé à 1 500 exemplaires en une semaine.
L’histoire de ce Prométhée moderne n’est pourtant pas nouvelle. Parue anonymement en 1818, et traduite pour la première fois en français par Jules Saladin trois ans plus tard, l’œuvre de Mary Shelley s’est imposée comme la matrice de la littérature gothique, et la naissance de la science-fiction.
Une fascination pour la figure du « freak »
Animé d’une ambition quasi-déifique, le savant Victor Frankenstein donne vie à un être monstrueux, constitué de morceaux de cadavres. Repoussante, horrifique, la créature répugne son créateur qui l’abandonne. Livré à lui-même, le monstre de Frankenstein tente de survivre aux marges. Honni de tous, il entreprend alors de se venger de son géniteur et celles et ceux qui l’auront persécuté.
Sous le trait de David Sala, qui découvre le mythe fondateur à l’adolescence, la figure de Frankenstein devient plus que jamais le symbole de l’exclusion sociale. Un thème qui traverse l’artiste depuis la trilogie Replay (Casterman), écoulée, toutes éditions confondues, à 25 000 exemplaires.
Révélé pour son adaptation du Joueur d’échecs de Stefan Zweig (Casterman, 2017), vendue à 36 000 exemplaires toutes éditions confondues, puis avec Le poids des héros (Casterman, 2022, 26 000 ex. écoulés), David Sala est aussi l’auteur d’albums jeunesse, parmi lequel La colère de Banshee ou Féroce, scénarisés par Jean-François Chabas (Casterman, 2010, 2012), où affleure cette même fascination pour le « freak ».
Une réinterprétation personnelle d’un mythe littéraire
Avec Frankenstein, David Sala ajoute ainsi sa pierre à l’édifice des représentations d’un mythe littéraire devenu phénomène hollywoodien. Porté au grand écran dès 1910, le récit de Marie Shelley a plus récemment été revisité par Guillermo del Toro, avec Jacob Elordi, puis réinventé en ce début d’année par Maggie Gyllenhaal dans The Bride !, qui, à l’image de La Fiancée de Frankenstein (1935), met en scène la version féminine de la créature fantasmagorique.
Ce qui fait la particularité de la lecture de David Sala tient toutefois en une interprétation personnelle d’une œuvre intemporelle : une palette flamboyante, une créature finement sculptée, à laquelle l’illustrateur restitue la part d’humanité qui lui est niée. « David Sala observe alors ses deux protagonistes évoluer en miroir, aspirés par un gouffre de folie, où ils se retrouvent dans la même humanité coupable et meurtrie », analyse Benjamin Roure, collaborateur de Livres Hebdo.
Marqué par « les cases muettes et le regard de la créature, enfant abandonné », ce dernier résume finalement l’essentiel en une formule : « C’est là la marque des œuvres importantes, qui laissent une trace indélébile par-delà leur vernis de fiction à grand spectacle. »
Les meilleures ventes de la semaine du 13 au 19 avril 2026
Trois nouveautés intègrent le Top 20 NielsenIQ Book Data/Livres Hebdo : le tome 20 de Solo Leveling, Ragnarok de Jin, Daul et Brix (Kbooks, 14e), Que la mort nous frôle de Michel Bussi (Presses de la Cité, 16e) et le cinquième volet de la série Windy City, Rewind It Back de Liz Tomforde (Chatterley, 18e).
En tête du classement, Une unique lueur de Fred Vargas (Flammarion) conserve sa première place, suivi de près par le tome 112 de One Piece (Glénat). La version poche de Tata de Valérie Perrin (Le Livre de Poche) reste solidement installée parmi les meilleures ventes et clôture le podium. Derrière, Un avenir radieux, volet des Années glorieuses de Pierre Lemaitre (Le Livre de poche, 4e), gagne deux places, suivi d’Un animal sauvage de Joël Dicker (Rosie & Wolfe, 5e) qui recule d’un rang.
À noter également le repli de Je suis drôle de David Foenkinos (Gallimard), qui perd trois places et se positionne désormais au 10e rang, tout comme Tu m’avais promis de Maud Ankaoua (Eyrolles), relégué à la 17e place.
Enfin, Freida McFadden confirme son ancrage dans le Top 20 avec six titres. La femme de ménage (J’ai lu) progresse de deux rangs pour atteindre la 9e place, tandis que Les secrets de la femme de ménage grimpe de trois positions, s’installant au 12e rang.
Source:
www.livreshebdo.fr

