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Ibogaïne : qu’est-ce que cette drogue promue par Trump pour soigner les vétérans américains

Une drogue psychédélique pour traiter les syndromes post-traumatiques des vétérans de l’armée américaine ? Le président américain Donald Trump a signé dimanche 19 avril, un décret visant à accélérer le développement de traitements pour les troubles mentaux graves, en facilitant l’accès à certaines substances psychédéliques pour les patients éligibles.

Parmi ces drogues figure notamment l’ibogaïne, étudiée pour son potentiel dans le traitement des dépendances aux opiacés, à la cocaïne et à l’alcool. Elle suscite également un intérêt croissant dans la prise en charge du syndrome de stress post-traumatique chez les vétérans de guerre, notamment pour l’anxiété et la dépression. « Je peux en avoir un peu, s’il vous plaît ? », a lancé le président sur le ton de la plaisanterie, stylo à la main. « Je ferai tout ce qu’il faut… Je n’ai pas le temps d’être déprimé. Si on reste suffisamment occupé, c’est peut-être ça qui marche aussi – c’est ce que je fais. »

Lors de cette annonce, Donald Trump était notamment entouré de son ministre de la santé, le controversé Robert F. Kennedy Jr, et de Joe Rogan. Animateur de l’un des podcasts les plus écoutés au monde et soutien affiché du président, Joe Rogan aurait lui-même promu auprès de Donald Trump l’intérêt de l’ibogaïne pour les anciens combattants, afin de traiter leur stress post-traumatique.

Une molécule potentiellement dangereuse

L’ibogaïne était classée depuis 1967 parmi les substances contrôlées aux États-Unis et ne pouvait pas être utilisée à des fins médicales. Elle avait toutefois été brièvement autorisée dans les années 1990 dans le cadre de protocoles expérimentaux avant que l’absence de consensus scientifique ne conduise à revenir sur cette décision. Selon la Drug Enforcement Administration (DEA, l’agence de lutte antidrogue américaine), la substance présente un fort risque d’addiction. En France, pour des raisons similaires, un arrêté de 2007 l’inscrit également sur la liste des stupéfiants.

L’ibogaïne est extraite de l’iboga (Tabernanthe iboga), un arbuste endémique de l’Afrique centrale équatoriale. L’écorce de sa racine concentre une douzaine d’alcaloïdes très actifs utilisés dans la médecine traditionnelle et les cérémonies initiatiques bwiti, principalement au Gabon. À la fin du XXe siècle, certains Occidentaux ayant consommé de l’ibogaïne ont rapporté une forte diminution de leurs envies d’opioïdes ou de cocaïne, ainsi qu’un soulagement notable – parfois temporaire – des symptômes de sevrage. Cela a marqué le début de plusieurs décennies d’usage clandestin et de programmes de recherche visant à étudier l’ibogaïne en tant que potentiel médicament « anti-addiction ».

Sa consommation entraîne généralement deux phases. À faible dose, elle agit comme un psychostimulant et provoque d’abord des hallucinations et des sensations dites « oniriques », avec des images très nettes et une perception altérée de la réalité. Viennent ensuite des effets secondaires pouvant persister plusieurs jours, tels que des nausées ou des troubles de l’humeur. À plus long terme, l’ibogaïne peut aussi entraîner de graves complications cardiaques et causer des interactions potentiellement mortelles avec d’autres médicaments.

50 millions de dollars pour la recherche

Ces dernières années, des vétérans américains ont eu recours à des traitements à base d’ibogaïne dans des cliniques à l’étranger, notamment au Mexique, et ont rapporté une amélioration de leurs symptômes de stress post-traumatique, de dépression et d’anxiété. La molécule aurait des effets stimulants sur le métabolisme, aiderait les voies nerveuses à se régénérer et le cerveau à se réorganiser.

Ces observations ont été en partie corroborées par des études menées en collaboration avec l’université de Stanford auprès de vétérans des forces spéciales ayant reçu de l’ibogaïne au Mexique, sous surveillance médicale. Pour autant, la substance n’est pas une molécule miracle et son efficacité varie d’un individu à l’autre.

En juin dernier, le gouverneur du Texas Greg Abbott a octroyé 50 millions de dollars de fonds publics (environ 47 millions d’euros) pour soutenir la recherche sur l’ibogaïne. L’objectif est de financer des essais cliniques de grande ampleur afin de mieux déterminer les populations susceptibles d’en bénéficier, d’évaluer les risques associés et d’étudier la possibilité d’une utilisation médicale de l’ibogaïne ou de ses dérivés.

Avec sa signature ce week-end, Donald Trump étend ce type de financement à d’autres États, en leur accordant une enveloppe comparable. L’initiative s’inscrit aussi dans la lutte contre la crise des opioïdes qui touche les États-Unis depuis quinze ans, déclenchée par la prescription excessive d’analgésiques puissants. Ceux-ci ont contribué à l’apparition de trajectoires de dépendance vers des substances synthétiques très addictives et dangereuses, comme le fentanyl.


Source:

www.la-croix.com