Dans son homélie lors d’une messe géante en plein air dans l’est de l’Angola, le pape Léon XIV a déploré en portugais, lundi 20 avril, que « les désirs de beaucoup » soient « frustrés par les violents, exploités par les tyrans et trompés par la richesse ». Et ce, au troisième jour de sa visite dans ce pays d’Afrique australe, en proie à de profondes inégalités malgré l’abondance de ses ressources naturelles.
Entre chants et cris de joie, le pape américano-péruvien a été accueilli dans la ferveur populaire à Saurimo, à plus de 800 kilomètres de la capitale Luanda, chef-lieu de la province de Lunda Sul, une région enclavée aux confins des zones diamantifères du Nord-Est. Dans cette zone rongée par une pauvreté endémique et les conséquences environnementales de l’exploitation minière – qu’il a dénoncées dès son arrivée dans le pays –, Léon XIV a livré un nouveau message à la forte portée sociale.
Après l’Algérie et le Cameroun, c’est la troisième fois que le pape emploie le mot « tyran » au cours de cette tournée marathon de onze jours en Afrique, qui l’a vu raffermir son style, jusqu’ici plus réservé. « Lorsque l’injustice corrompt les cœurs, le pain de tous devient la possession de quelques-uns », a-t-il fustigé devant 40 000 fidèles, auxquels s’ajoutaient 20 000 autres personnes dans les zones alentour, selon les autorités locales.
Environ un tiers de la population sous le seuil de pauvreté international
Quelques minutes plus tôt, dans la chaleur tropicale, entouré de nombreux agents de sécurité, le souverain pontife s’est offert un nouveau bain de foule en papamobile dans les rues de la ville d’environ 220 000 habitants, où l’Eglise catholique tente de pallier les carences des infrastructures publiques. Dimanche, lors d’une messe géante près de Luanda devant 100 000 fidèles, le pape de 70 ans avait déjà appelé à « guérir le fléau de la corruption » par « une nouvelle culture de justice et de partage ».
Doté d’importantes ressources naturelles – pétrole, gaz, diamants et minerais – l’Angola tire l’essentiel de ses revenus de l’extraction et de l’exportation de ces matières premières. Cette richesse profite toutefois principalement à une élite politique et économique ainsi qu’à des entreprises étrangères, tandis que les retombées restent limitées pour la majorité de la population, dont environ un tiers vit sous le seuil de pauvreté international de 2,15 dollars (soit 1,83 euros) par jour, selon la Banque mondiale.
En milieu de matinée, le chef du 1,4 milliard de catholiques a visité une structure accueillant une soixantaine de personnes âgées défavorisées, abandonnées par leur famille ou victimes de violences. Il y a été reçu par les chants enthousiastes des résidents, habillés de tenues colorées et agitant des foulards blancs, après avoir été acclamé par des centaines de personnes massées le long des routes, dont de très nombreux enfants.
Troisième pape à visiter le pays
« Votre présence dans ce foyer est une bénédiction de Dieu », a affirmé au pape américano-péruvien Antonio Joaquin, 72 ans, qui a témoigné devant lui des violences domestiques infligées par des membres de sa famille. Quelque 44 % de la population, soit environ 15 millions d’Angolais, s’identifient comme catholiques, selon un recensement de 2024, dans ce pays sorti exsangue en 2002 d’une guerre civile meurtrière déclenchée dans la foulée de l’indépendance.
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Lundi après-midi, Léon XIV retournera à Luanda pour une rencontre avec les évêques, prêtres, religieux à la paroisse Notre-Dame de Fatima, un temps d’échange consacré aux défis de l’Eglise angolaise, qui fait face à une pénurie de moyens et au poids croissant des Eglises évangéliques.
Après Jean-Paul II (1978-2005) en 1992 et Benoît XVI (2005-2013) en 2009, Léon XIV est le troisième pape à visiter ce pays, qui a tardivement accédé à l’indépendance du pouvoir colonial portugais en 1975. Sa tournée en Afrique, un périple de 18 000 kilomètres débuté en Algérie et poursuivi au Cameroun, s’achèvera en Guinée équatoriale du 21 au 23 avril.
Source:
www.lemonde.fr

