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Gaza : « Dans un conflit où la bataille des récits est permanente, empêcher l’accès indépendant de la presse revient à confisquer une partie de la vérité »

Deux ans et six mois. C’est la durée, à ce jour, d’un blocus quasi total imposé à la presse étrangère dans la bande de Gaza. Deux ans et six mois durant lesquels les journalistes internationaux ont été tenus à l’écart d’un des conflits les plus scrutés au monde. Deux ans et six mois, enfin, pendant lesquels la justice israélienne a accordé pas moins de onze reports et prolongations au gouvernement pour justifier l’injustifiable.

Combien de délais faudra-t-il encore pour que le droit à l’information l’emporte sur les considérations politiques ? La requête d’urgence déposée le 13 avril par l’Association de la presse étrangère en Israël et dans les territoires palestiniens, avec le soutien de ses partenaires Reporters sans frontières, le Comité pour la protection des journalistes et l’Union des journalistes en Israël, pose une question simple : la Cour suprême israélienne entend-elle garantir les droits fondamentaux ou accompagner leur affaiblissement ?

En engageant cette procédure, les organisations requérantes ont fait le choix de faire confiance à la justice, aux institutions et à leur rôle de contre-pouvoir face à l’exécutif. Mais cette confiance s’est progressivement érodée au cours des dix-huit derniers mois. Il est temps que le pouvoir judiciaire soit à la hauteur du moment historique et montre sa force démocratique

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Depuis octobre 2023, aucun journaliste étranger n’a été autorisé à entrer à Gaza de manière indépendante. Ce verrouillage inédit de l’information place les journalistes palestiniens dans une situation intenable : ils sont devenus les seuls témoins d’une guerre qui les vise aussi. Plus de 220 d’entre eux ont été tués par l’armée israélienne en deux ans et demi, dont au moins 70 dans l’exercice direct de leur mission d’informer. Informer à Gaza n’est pas seulement difficile : c’est devenu mortel.

Mais depuis six mois au moins, soit depuis l’entrée en vigueur du cessez-le-feu en octobre 2025, les arguments du gouvernement pour justifier ce blocus médiatique se sont effondrés. Pourquoi autoriser les travailleurs humanitaires et pas les journalistes ? Quels risques les reporters feraient-ils peser sur les soldats israéliens, alors même que ces derniers ne sont pas censés être déployés au-delà de la « ligne jaune » ? Ces questions, ce sont les juges eux-mêmes qui les ont posées lors de l’audience de janvier. Elles restent, à ce jour, sans réponse.

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Source:

www.lemonde.fr