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Exposition Michel-Ange et Rodin à Paris : le musée du Louvre livre un dialogue puissant entre deux géants de la sculpture

Le face-à-face « Michel-Ange/Rodin », monté au Louvre par Chloé Ariot et Marc Bormand (jusqu’au 20 juillet), tourne en fait à la formidable confrontation des œuvres du sculpteur XIXe avec ses sources michelangelesques, car Rodin a très souvent analysé les sculptures et peintures du génie de la Renaissance.

Non finito, passion pour l’Antique, fascination pour le rêve et la mort, matérialisation de l’âme… Autant de thèmes en commun que les deux commissaires tentent d’illustrer avec les sculptures et dessins des deux artistes. Le sous-titre « Corps vivants » dit bien la difficulté à cerner la richesse de ce corps-à-corps. Le parcours, très dense (parfois trop), laisse la place à des échappées contemporaines bienvenues telles que les arbres de Giuseppe Penone, la peau du piano de Joseph Beuys ou la robe en viande de Jana Sterbak. Une manière de déranger le visiteur de la simple observation du parallèle « Michel-Ange/Rodin » et de le pousser à s’interroger sur la pérennité de sujets qui traversent l’histoire de la sculpture.

Une rotonde d’exception

L’entrée de l’exposition « Michel-Ange/Rodin » est à couper le souffle ! Dans un cercle magique, les œuvres maîtresses des deux artistes sont disposées en face-à-face. L’Adam, en bronze, de Rodin s’incline devant L’Esclave rebelle de Michel-Ange, sorti exceptionnellement des salles de sculptures Renaissance du Louvre ainsi que L’Esclave mourant. Malgré la demande expresse de Rodin de voir ses œuvres à même le sol, les sculptures sont posées sur une élégante estrade de mise à distance qui rend paradoxalement les Michel-Ange très contemporains et proches du visiteur.

Rotonde d’entrée de l’exposition « Michel-Ange/Rodin » au musée du Louvre, Paris, 2026 © Musée du Louvre / Ravith Trinh

Rotonde d’entrée de l’exposition « Michel-Ange/Rodin » au musée du Louvre, Paris, 2026 © Musée du Louvre / Ravith Trinh

Rodin/Michel-Ange

Comme de très nombreux artistes à Paris (les dessins de Degas et Cezanne sont présents dans l’exposition), le jeune Rodin copie les sculptures de Michel-Ange au Louvre. Les silhouettes des deux Esclaves, provenant du tombeau inachevé du pape Jules II et donnés au roi François Ier par un ami de l’artiste, se retrouvent sur les feuilles prêtées par le musée Rodin. Le sculpteur y analyse le déhanchement du modèle, la pose de ses bras et l’inclinaison de sa tête n’hésitant pas à déformer l’original de la Renaissance.

Auguste Rodin, <i>Trois études d’homme nu d’après Michel-Ange</i>, 1902, présenté dans l’exposition « Michel-Ange/Rodin », musée du Louvre, Paris, 2026. ©Connaissance des Arts/Guy Boyer.Auguste Rodin, <i>Trois études d’homme nu d’après Michel-Ange</i>, 1902, présenté dans l’exposition « Michel-Ange/Rodin », musée du Louvre, Paris, 2026. ©Connaissance des Arts/Guy Boyer.

Auguste Rodin, Trois études d’homme nu d’après Michel-Ange, 1902, présenté dans l’exposition « Michel-Ange/Rodin », musée du Louvre, Paris, 2026. ©Connaissance des Arts/Guy Boyer.

Le corps en vrac

Grâce à la richesse des fonds d’art graphique du Louvre, le parcours est ponctué de dessins de Michel-Ange qui permettent d’en comprendre les usages très variés. Dans la section « Disséquer les corps », qui concerne aussi bien Michel-Ange que Rodin, se trouve cette feuille verticale étonnante du premier, croisant une jambe au genou très marqué avec un corps nu placé à l’horizontale. On voit que l’artiste se sert de son papier pour noter en vrac des informations qui lui sont précieuses : texte de Pétrarque, détails anatomiques et figure complète.

 Michel-Ange,<i> Études de jambe gauche, de figures masculines, de profil d’homme, de tête d’homme avec chapeau et citation d’un texte de Pétrarque</i>, vers 1506, présenté dans l’exposition « Michel-Ange/Rodin », musée du Louvre, Paris, 2026. ©Connaissance des Arts/Guy Boyer. Michel-Ange,<i> Études de jambe gauche, de figures masculines, de profil d’homme, de tête d’homme avec chapeau et citation d’un texte de Pétrarque</i>, vers 1506, présenté dans l’exposition « Michel-Ange/Rodin », musée du Louvre, Paris, 2026. ©Connaissance des Arts/Guy Boyer.

Michel-Ange, Études de jambe gauche, de figures masculines, de profil d’homme, de tête d’homme avec chapeau et citation d’un texte de Pétrarque, vers 1506, présenté dans l’exposition « Michel-Ange/Rodin », musée du Louvre, Paris, 2026. ©Connaissance des Arts/Guy Boyer.

Présentation de l’exposition

« Michel-Ange Rodin » : bande-annonce de l’exposition

Réinvention des corps

En confrontant Grande Ombre de Rodin et cet Apollon maniériste, l’exposition permet de s’interroger sur la vérité de la représentation des corps chez Rodin et Michel-Ange. Ce dernier n’a jamais hésité à allonger les silhouettes, à les tordre dans un contrapposto sensuel. Rodin, lui, recompose les corps pour leur donner une force et une expressivité nouvelles. Pour sa Porte de l’Enfer, Rodin a collé côte à côte trois exemplaires identiques de Grande Ombre pour apporter du dynamisme et insister sur leur pose douloureuse.

Auguste Rodin,<i> Grande Ombre</i>, 1902, et <i>Apollon vainqueur du serpent Python</i>, attribué à Giovanni Francesco Rustici, vers 1550, présentés dans l’exposition « Michel-Ange/Rodin », musée du Louvre, Paris, 2026. ©Connaissance des Arts/Guy BoyerAuguste Rodin,<i> Grande Ombre</i>, 1902, et <i>Apollon vainqueur du serpent Python</i>, attribué à Giovanni Francesco Rustici, vers 1550, présentés dans l’exposition « Michel-Ange/Rodin », musée du Louvre, Paris, 2026. ©Connaissance des Arts/Guy Boyer

Auguste Rodin, Grande Ombre, 1902, et Apollon vainqueur du serpent Python, attribué à Giovanni Francesco Rustici, vers 1550, présentés dans l’exposition « Michel-Ange/Rodin », musée du Louvre, Paris, 2026. ©Connaissance des Arts/Guy Boyer

Contrepoints contemporains

Prenant pour point de départ le détail de saint Barthélemy tenant sa peau, qui figure au centre du Jugement dernier de Michel-Ange à la Chapelle Sixtine, les commissaires de l’exposition ont imaginé un chapitre consacré à l’enveloppe de l’âme ou « Comment incarner en trois dimensions l’âme du créateur, élément par essence immatériel ? ». De Rodin, qui représente l’écrivain Honoré de Balzac par sa seule robe de chambre vide, à Beuys, qui enveloppe de feutre un piano et accroche sa dépouille sur le côté, l’enveloppe du corps se retrouve comme un motif de la sculpture à travers le temps.

 Au centre : Auguste Rodin, Étude de robe de chambre pour Balzac, 1897, présenté dans l’exposition « Michel-Ange/Rodin », musée du Louvre, Paris, 2026. ©Connaissance des Arts/Guy Boyer. Au centre : Auguste Rodin, Étude de robe de chambre pour Balzac, 1897, présenté dans l’exposition « Michel-Ange/Rodin », musée du Louvre, Paris, 2026. ©Connaissance des Arts/Guy Boyer.

Au centre : Auguste Rodin, Étude de robe de chambre pour Balzac, 1897, présenté dans l’exposition « Michel-Ange/Rodin », musée du Louvre, Paris, 2026. ©Connaissance des Arts/Guy Boyer.

Tourments de l’âme

Que ce soit dans le Jugement dernier (présent ici grâce à une réduction du XVIe siècle de Robert Le Voyer) ou dans la Porte de l’Enfer (et sa troisième maquette en plâtre), Michel-Ange et Rodin s’attachent à représenter les tourments de l’âme. « Tous deux insufflent sentiments et passions à ces figures placées dans un monde infernal, rappellent les deux commissaires de l’exposition. Une multitude de corps en torsion, incarnant la souffrance et le destin des hommes, se déploie par groupe sous le regard d’une figure monumentale ». Ici, dans ce plâtre de Rodin, Ugolin semble ramper sur ses enfants morts.

Auguste Rodin, Ugolin, 1882, présenté dans l’exposition « Michel-Ange/Rodin », musée du Louvre, Paris, 2026. ©Connaissance des Arts/Guy Boyer.Auguste Rodin, Ugolin, 1882, présenté dans l’exposition « Michel-Ange/Rodin », musée du Louvre, Paris, 2026. ©Connaissance des Arts/Guy Boyer.

Auguste Rodin, Ugolin, 1882, présenté dans l’exposition « Michel-Ange/Rodin », musée du Louvre, Paris, 2026. ©Connaissance des Arts/Guy Boyer.

« Michel-Ange Rodin. Corps vivants »Musée du Louvre, rue de Rivoli, 75001 ParisJusqu’au 20 juillet 2026


Source:

www.connaissancedesarts.com