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Exposition à Paris : au musée Guimet, la K-Beauty révèle ses racines ancestrales et ses paradoxes contemporains

Des cosmétiques à la mode, en passant par le cinéma et les groupes de musique pop, la Corée du Sud exporte ses codes esthétiques sur toute la planète. À travers des peintures, des affiches de publicité, des photographies et des accessoires de beauté, le musée Guimet analyse ce phénomène, qui puise ses racines dans le confucianisme et la très raffinée culture Joeson.

Le sujet pourrait sembler frivole, mais l’exposition que consacre le musée Guimet à la K-Beauty coréenne démontre avec brio à quel point ce phénomène planétaire repose sur l’élaboration d’une culture visuelle très sophistiquée reposant sur un subtil équilibre entre une tradition séculaire et une modernité hybride et globalisée. Dans une scénographie fluide évoquant la forme circulaire d’un poudrier, rouleaux de soie de l’époque Joeson (1392-1910), affiches de publicité, emballages de cosmétiques, extraits de films et somptueuses robes signées de la grande styliste sud-coréenne Lee Young-hee (1936-2018) dessinent les contours de ce courant esthétique qui mixe de façon revendiquée références patrimoniales et culture populaire, idéal de beauté et harmonie intérieure.

Des références à un passé idéal

Loin d’être née ex nihilo, la K-Beauty se pose en réalité comme l’héritière de toute une philosophie imprégnée de bouddhisme et de confucianisme. En réaction aux invasions étrangères sur son sol (japonaise, puis américaine), la Corée du Sud puise ses références dans un passé idéal, dépositaire de valeurs spirituelles et morales. « La perfection des traits extérieurs est le reflet de la pureté de l’âme, destinée à resplendir dans la Terre pure », énonce ainsi au VIIe siècle la nonne bouddhiste Shinji dans son Ode à la destinée.

Vue de l'exposition « K-Beauty. Beauté coréenne, histoire d’un phénomène » présentée au Musée des arts asiatiques-Guimet à Paris en 2026. Photo : © musée Guimet / Dmitry Kostyukov

Vue de l’exposition « K-Beauty. Beauté coréenne, histoire d’un phénomène » présentée au Musée des arts asiatiques-Guimet à Paris en 2026. Photo : © musée Guimet / Dmitry Kostyukov

Rouleaux de peinture et paravents de soie, porcelaines blanches et céladon aux glacis vert d’eau véhiculent ainsi un idéal de fragilité et de délicatesse dont se réclameront les femmes de haute lignée, puis les gisaeng, courtisanes cultivées au teint de lune et aux coiffures monumentales.

La fluidité des images

Si elle interroge un phénomène sociétal contemporain, l’exposition du musée Guimet a néanmoins choisi de mettre en lumière les sources d’inspiration dont se réclament, consciemment ou inconsciemment, les adeptes de la K-Beauty. « Il nous a paru important de souligner la fluidité des images, la façon dont elles communiquent entre elles d’époque en époque. L’exposition présente ainsi les œuvres de grands artistes, tel Kim Hong-do, le célèbre peintre de cour de la fin de la période Joseon, afin d’en montrer l’écho durable sur la culture populaire », expliquent Claire Bettinelli et Claire Trinquet-Soléry, les deux commissaires.

K-Beauty. Beauté coréenne, histoire d’un phénomène

De grands artistes

Aux côtés des accessoires de beauté d’un raffinement exquis (épingles et séparateurs de cheveux, récipients à cosmétiques et flacons à huile en porcelaine bleu et blanc, poudrier à décor de fleur de prunier, coffre à vêtements féminins en bois laqué et incrusté de nacre…), l’exposition exalte ainsi la quintessence de la culture Joeson dont se réclament encore de nos jours stylistes, pop stars et marques de cosmétiques !

 

Parmi les révélations de l’exposition, l’on ne manquera pas d’admirer les portraits féminins du grand Shin Yun-bok (vers 1758-1813) qui hissa l’art du Miindo (ou « beauté idéale ») vers des sommets d’élégance inégalés. Nimbée de mystère, car peu documentée, la vie du peintre suscite, elle aussi, bien des fantasmes, au point d’avoir inspiré en 2007 un best-seller adapté en K-drama faisant de l’artiste une femme travestie en homme !

Vue de l'exposition « K-Beauty. Beauté coréenne, histoire d’un phénomène » présentée au Musée des arts asiatiques-Guimet à Paris en 2026. Photo : © Connaissance des Arts / Anne-Sophie Lesage-MünchVue de l'exposition « K-Beauty. Beauté coréenne, histoire d’un phénomène » présentée au Musée des arts asiatiques-Guimet à Paris en 2026. Photo : © Connaissance des Arts / Anne-Sophie Lesage-Münch

Vue de l’exposition « K-Beauty. Beauté coréenne, histoire d’un phénomène » présentée au Musée des arts asiatiques-Guimet à Paris en 2026. Photo : © Connaissance des Arts / Anne-Sophie Lesage-Münch

La célèbre styliste Lee Young-hee (qui a légué au musée Guimet en 2019 un fonds exceptionnel de textiles anciens) s’est quant à elle ouvertement inspirée des œuvres de Shin Yun-bok pour lancer une gamme entière de hanbok contemporains, le vêtement traditionnel coréen.

Vue de l'exposition « K-Beauty. Beauté coréenne, histoire d’un phénomène » présentée au Musée des arts asiatiques-Guimet à Paris en 2026. Photo : © musée Guimet / Dmitry KostyukovVue de l'exposition « K-Beauty. Beauté coréenne, histoire d’un phénomène » présentée au Musée des arts asiatiques-Guimet à Paris en 2026. Photo : © musée Guimet / Dmitry Kostyukov

Vue de l’exposition « K-Beauty. Beauté coréenne, histoire d’un phénomène » présentée au Musée des arts asiatiques-Guimet à Paris en 2026. Photo : © Connaissance des Arts / Anne-Sophie Lesage-Münch

On retrouve également l’écho du grand peintre dans les magnifiques portraits nimbés d’érotisme du photographe Kim Jung-man (1954-2022), qui constituent l’un des chocs esthétiques de cette exposition. La mode occidentale revisite à son tour l’épure géométrique et l’élégance atemporelle du hanbok, comme le montre cette robe de la maison Chanel présentée lors du défilé Croisière 2015-2016 à Séoul.

Vue de l'exposition « K-Beauty. Beauté coréenne, histoire d’un phénomène » présentée au Musée des arts asiatiques-Guimet à Paris en 2026. Photo : © Connaissance des Arts / Anne-Sophie Lesage-MünchVue de l'exposition « K-Beauty. Beauté coréenne, histoire d’un phénomène » présentée au Musée des arts asiatiques-Guimet à Paris en 2026. Photo : © Connaissance des Arts / Anne-Sophie Lesage-Münch

Vue de l’exposition « K-Beauty. Beauté coréenne, histoire d’un phénomène » présentée au Musée des arts asiatiques-Guimet à Paris en 2026. Photo : © Connaissance des Arts / Anne-Sophie Lesage-Münch

L’envers du décor

Si elle plonge le public dans un ravissement des sens, l’exposition n’en oublie pas pour autant d’interroger la part d’ombre de ce phénomène planétaire. Derrière cet idéal de perfection visuelle, de maîtrise de soi et de « séduction douce » véhiculée par les stars de la K-Pop, les égéries des grandes marques de cosmétiques et les influenceurs, se cache une uniformisation des canons de beauté pour le moins inquiétante.

Vue de l'exposition « K-Beauty. Beauté coréenne, histoire d’un phénomène » présentée au Musée des arts asiatiques-Guimet à Paris en 2026. Photo : © musée Guimet / Dmitry KostyukovVue de l'exposition « K-Beauty. Beauté coréenne, histoire d’un phénomène » présentée au Musée des arts asiatiques-Guimet à Paris en 2026. Photo : © musée Guimet / Dmitry Kostyukov

Vue de l’exposition « K-Beauty. Beauté coréenne, histoire d’un phénomène » présentée au Musée des arts asiatiques-Guimet à Paris en 2026. Photo : © musée Guimet / Dmitry Kostyukov

La Corée du Sud affiche ainsi l’un des taux de chirurgie esthétique les plus élevés au monde, tendant à transformer hommes et femmes en poupées asexuées aux traits lisses et juvéniles, gages de réussite sociale et professionnelle. En réaction à ce diktat de la beauté, une nouvelle génération s’insurge, comme le montre le travail de la photographe Yuni Kim Lang (née en 1986) et sa troublante série « Woven Identity I » (2013).

Yuni Kim Lang, série « Woven Identity I », 2013, présentée dans l'exposition « K-Beauty. Beauté coréenne, histoire d’un phénomène » au Musée des arts asiatiques-Guimet à Paris en 2026. Photo : © Connaissance des Arts / Anne-Sophie Lesage-MünchYuni Kim Lang, série « Woven Identity I », 2013, présentée dans l'exposition « K-Beauty. Beauté coréenne, histoire d’un phénomène » au Musée des arts asiatiques-Guimet à Paris en 2026. Photo : © Connaissance des Arts / Anne-Sophie Lesage-Münch

Yuni Kim Lang, série « Woven Identity I », 2013, présentée dans l’exposition « K-Beauty. Beauté coréenne, histoire d’un phénomène » au Musée des arts asiatiques-Guimet à Paris en 2026. Photo : © Connaissance des Arts / Anne-Sophie Lesage-Münch

« K-Beauty. Beauté coréenne, histoire d’un phénomène »Musée des arts asiatiques-Guimet, 6 place d’Iéna, 75016 ParisJusqu’au 6 juillet 2026


Source:

www.connaissancedesarts.com