C’est le diamant de la discorde. Peu avant sa rencontre avec le couple royal britannique, en visite à New York mercredi 29 avril, le maire de la ville, Zohran Mamdani, a exhorté le roi Charles III à « rendre » le diamant Koh-i-Noor. On ignore s’il a pu aborder la question lors de la visite au mémorial du 11-Septembre, mais sa déclaration en tant qu’Indo-Américain a suffi à raviver le débat autour de l’histoire controversée de ce joyau de la Couronne.
Il était une fois un diamant de 186 carats (environ 37 g), né il y a près de cinq millénaires au cœur de l’Inde centrale. Certains assurent qu’il a été arraché aux entrailles d’une mine, ou qu’il a surgi du lit d’un fleuve. D’autres racontent que le Koh-i-Noor a été découvert par le prince Karma, fils du dieu du Soleil et d’une princesse indienne, puis se serait volatilisé lorsque le prince est tombé sur le champ de bataille. Une inconnue l’aurait ensuite retrouvé par hasard et offert au dieu Shiva.
Héritage royal
Plus terre à terre, sa première mention dans les textes sanskrits remonte au Baburnama, la chronique de la vie de Bâbur, fondateur de l’Empire moghol qui réunissait l’Inde, le Pakistan, le Bangladesh et l’est de l’Afghanistan. Le diamant aurait été offert à son fils par un souverain indien vaincu, avant de passer entre les mains des empereurs moghols au XVIe siècle. Lorsque Delhi est envahie en 1739, Nader Chah, souverain de Perse, s’empare du trône du Paon, serti de pierres précieuses. Parmi elles, un diamant en particulier retient son attention : il le baptise Koh-i-Noor, c’est-à-dire « montagne de lumière ».
À la mort de Nader Chah, le diamant est offert à la cour afghane et devient l’objet de maintes convoitises par la famille impériale se battant pour le trône. Puis il arrive à la cour du Penjab, région divisée entre le Pakistan et l’Inde. Le dernier souverain sikh, Dhulîp Singh, en hérite en 1843 lorsqu’il accède au trône à l’âge de cinq ans. Mais la Compagnie des Indes orientales prend possession de la région du Pendjab en 1849 et le maharaja est forcé de donner le Koh-i-Noor à la reine Victoria, comme condition du Traité de Lahore marquant la fin de la guerre.
Considéré comme l’un des plus gros au monde, le diamant est offert à la reine à l’occasion du 250e anniversaire de la compagnie. Il est exhibé lors de l’Exposition universelle de 1851 à Londres, comme symbole de la puissance coloniale du royaume. Toutefois, il ne répond pas aux critères esthétiques des Européens. The Times écrit à l’époque que « plusieurs personnes ont du mal à croire qu’il s’agit de bien plus qu’un simple morceau de verre ». Vexée, la reine le fait retailler et polir ce qui réduit le diamant mais fait réfléchir la lumière. Le Koh-i-Noor atteint alors son poids actuel de 105,6 carats.
Symbole colonial
De broche pour la reine Victoria, il devient couronne pour la reine Alexandra, épouse d’Édouard VII et belle-fille de Victoria. Le Koh-i-Noor est ensuite enchâssé dans la couronne de la reine Mary, puis dans celle d’Elizabeth II. Mais cette lignée s’interrompt en mai 2023, lors du couronnement de la reine Camilla. Consciente des controverses et du lourd héritage colonial attachés au diamant, l’épouse de Charles III décide d’être sacrée avec la couronne de la reine Mary, ornée d’une réplique du Koh-i-Noor. L’original reste aujourd’hui exposé dans la Maison des joyaux de la Tour de Londres.
Depuis la récupération du diamant par la famille royale britannique, il est en effet la source de tensions. Dès l’obtention de l’indépendance en 1947, l’Inde a exigé qu’il lui soit restitué. Une demande réitérée en 1953, année du couronnement de la reine Élisabeth II. La justice a même été saisie de cette question, en 2015, à la suite de la demande d’un groupe d’investisseurs et de personnalités de Bollywood, mais sans succès.
En 1976, le Pakistan a lui aussi revendiqué la propriété du diamant, affirmant que sa restitution constituerait « une démonstration convaincante de l’esprit qui a poussé la Grande-Bretagne à se défaire volontairement de ses fardeaux impériaux et à mener le processus de décolonisation ». Puis, c’est au tour de l’Afghanistan en 2000.
À chaque fois, le gouvernement britannique a rejeté ces revendications, affirmant que la propriété du diamant n’était « pas négociable » puisqu’il avait été obtenu légalement via un traité de paix. En visite officielle en Inde en 2010, le premier ministre de l’époque, David Cameron, a réitéré ce refus, évoquant les nombreuses demandes de restitution auxquelles l’ancien empire colonial est confronté : « Si l’on acceptait l’une d’entre elles, le British Museum se retrouverait soudainement vide. Je crains bien que le Koh-i-Noor doive rester là où il est. »
Source:
www.la-croix.com

