Quand Jean Baudrillard écrit, le 4 janvier 1991, « la guerre du Golfe n’aura pas lieu », sait-il qu’il plagie Scarlett O’Hara ? C’est exactement ce qu’affirme l’héroïne d’Autant en emporte le vent, de Victor Fleming (1939), au sujet de la guerre de Sécession (1861-1865) au tout début de l’adaptation du roman du même nom de Margaret Mitchell : « Taratata ! La guerre, la guerre, la guerre ! Ces conversations sur la guerre gâchent toutes nos fêtes. Tout cela m’ennuie à mourir ! En plus, il n’y aura pas de guerre. » Ce que Scarlett et Baudrillard disent ensemble, c’est que l’image est au cœur de la guerre. De fait, dans Autant en emporte le vent, la guerre n’a pas lieu sur grand écran : elle est réglée en une ellipse, puisque ce sont ses effets sur le destin des civils qui comptent dans cette fresque, pas le détail des batailles. Dans sa nature, la guerre ne change pas au cinéma : ce sont les formes de guerre qui changent, et qui métamorphosent aussi le cinéma qui s’en empare.
Le cinéma aime passionnément la guerre. Depuis Charlot soldat, de Charles Chaplin (1918), ou Le Mécano de la Générale, de Buster Keaton (1926), en passant par La Grande Illusion, de Jean Renoir (1937), Le Jour le plus long – la mégaproduction de Darryl F. Zanuck en 1962 – ou Apocalypse Now, de Francis Ford Coppola (1979), le film de guerre est un genre a lui seul. Pour Frédéric Ramel, professeur des universités en science politique et chercheur au Centre de recherches internationales (CERI), « le cinéma est un marché qui rencontre une évidence malheureuse : la réalité la plus crue et la plus tragique des relations internationales, c’est la guerre ».
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