Le président du Centre national du cinéma et de l’image animée (CNC), Gaëtan Bruel, a dit lundi 18 mai « regretter » la réaction de Maxime Saada, patron de Canal+, qui a déclaré dimanche ne plus souhaiter travailler avec les 600 signataires d’une tribune anti-Bolloré diffusée dans Libération.
« Sur le plan de la liberté d’expression, ça pose question. Parce que le droit à la critique, ça fait partie de ce principe fondamental », a déploré M. Bruel sur France Inter lundi matin, rappelant que jusqu’ici, Canal+, dont l’actionnaire de référence est Vincent Bolloré, a toujours soutenu « tous les cinéastes ». « Canal est toujours le premier soutien privé de la plus grande diversité du cinéma français », a rappelé M. Bruel.
Cette sortie de M. Bruel intervient après celle de M. Saada dimanche au Festival de Cannes, au sujet de la tribune signée le 11 mai, notamment par Juliette Binoche, Raymond Depardon, Swann Arlaud et Adèle Haenel. Le texte dénonce notamment « l’emprise grandissante de l’extrême droite » dans le cinéma par l’intermédiaire du milliardaire conservateur, qui fait déjà l’objet d’une fronde dans l’édition menée par quelque 200 auteurs publiés chez Grasset après le départ d’Olivier Nora.
« J’ai vécu cette pétition comme une injustice vis-à-vis des équipes Canal qui s’attachent à défendre l’indépendance de Canal+, dans toute la diversité de ses choix », a déclaré Maxime Saada, président du directoire de Canal+, premier financeur du cinéma français. « En conséquence, je ne travaillerai plus, je ne souhaite plus que Canal travaille avec les gens qui ont signé cette pétition », a lancé M. Saada qui s’exprimait lors d’un événement sur la Croisette.
La prise de contrôle d’UGC par Vincent Bolloré dans le viseur des signataires
La tribune publiée dans Libération s’alarmait notamment de la volonté de Canal+ de s’emparer de la totalité du capital d’UGC, le réseau de salles de cinéma dont il a acquis 34 % en septembre et qu’il espère contrôler dans sa totalité à partir de 2028. « En laissant le cinéma français aux mains d’un patron d’extrême droite, nous ne risquons pas seulement une uniformisation des films, mais une prise de contrôle fasciste sur l’imaginaire collectif », écrivaient les signataires qui comptent des producteurs, exploitants de cinéma, cinéastes, techniciens et comédiens.
Gaëtan Bruel a appelé au calme, estimant qu’il est « factuellement faux de dire que Canal aurait renoncé à soutenir toute la diversité du cinéma ». « Je ne me retrouve pas dans les faits qu’ils dénoncent (…) et il faut faire attention aux prophéties autoréalisatrices », a-t-il ajouté.
Dans son allocution, que l’Agence France-Presse s’est procurée, Maxime Saada estime que cette tribune revient à qualifier les équipes de Canal+ de « cryptofascistes ». « Eh bien moi je n’ai pas envie de travailler avec des gens qui me traitent de cryptofasciste, je suis désolé, la limite, pour moi elle est là », a-t-il déclaré lors du « brunch des producteurs » organisé par son groupe à Cannes.
Source:
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