Plusieurs millions de personnes vivent au Liban dans un état de danger permanent depuis le déclenchement de la guerre entre le Hezbollah et Israël, le 2 mars. Comment prendre en charge des patients plongés dans une crise sans fin, où la notion même de post-trauma perd son sens ? Entre l’urgence de la survie, la transmission des angoisses aux enfants et l’épuisement d’une résilience mise à rude épreuve, les défis psychologiques sont immenses.
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Pour la Libanaise Nayla Karamé Majdalani, psychologue clinicienne et psychothérapeute à Beyrouth, invitée de France 24, il est difficile de traiter des traumas successifs dans un contexte de danger permanent.
Comment traiter un patient qui vit dans un état de danger permanent ?
Nayla Karamé Majdalani : C’est une série de stress post-traumatique. On n’a même plus le luxe de parler de post-trauma. Je vous avoue qu’il n’y a pas encore de technique développée pour ces traumas successifs. Il y a des recherches qui se font actuellement pour cela, justement à partir de l’exemple du Liban. Mais c’est une situation très compliquée et quasi inextricable aujourd’hui.
Les déplacés sont dans un état psychologique absolument terrible. Malheureusement, ce sont ceux qui ont le moins accès à un soutien psychologique parce que leurs conditions de vie ne le permettent pas. Il y a des cellules qui sont en train d’être mises en place pour pouvoir les aider et les approcher mais pour l’instant, ils ont juste besoin d’un minimum de vivres, d’un toit et d’un hôpital.
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Y a-t-il une transmission des angoisses ?
Nayla Karamé Majdalani : Il y a une transmission des angoisses, les enfants en sont le réceptacle, ce sont les éponges de ces angoisses. Cela ne vient pas seulement des parents mais de tout ce qui est colporté, vu et véhiculé par les réseaux sociaux. Aujourd’hui, les enfants sont exposés à de nombreuses images très traumatisantes. Les informations peuvent totalement les déstabiliser et créer une grosse angoisse chez eux.
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Est-il important de garder un semblant de vie normale, d’aller au travail par exemple ?
Nayla Karamé Majdalani : Je pense que la meilleure façon de gérer ce qu’il se passe actuellement, c’est de s’occuper, d’être productif mais aussi de se distraire autant que l’on peut. Aller au travail est certainement salvateur et nécessaire. Mais si on peut avoir un minimum de vie sociale ou de divertissement, c’est aussi quelque chose qui va beaucoup aider à tenir le coup.
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Quelle est la place de la psychothérapie ? Est-ce un luxe face à la situation de précarité que connaissent de nombreux Libanais ?
Nayla Karamé Majdalani : À ce stade, la nécessité c’est la survie. La psychothérapie peut venir dans un second temps, quand tout cela se sera calmé. C’est là qu’on aura le contrecoup et que la psychothérapie sera importante, voire essentielle.
La résilience, c’est ce dont on parle toujours pour les Libanais. Mais dans le mot résilience, il y a une pulsion de vie, il y a un rebondissement. Aujourd’hui, malheureusement, on le voit beaucoup moins. On voit une sorte de lâcher-prise, de soumission presque à ce qu’il est en train de se passer. C’est comme si les choses avaient perdu leur sens. On ne voit pas d’issue.
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