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À Rome, une exposition réunit les chefs-d’œuvre du Bernin pour le 400e anniversaire de la basilique Saint-Pierre

Jusqu’au 14 juin, la Galerie nationale d’art ancien – Palais Barberini Galerie nationale d’art ancien – Palais Barberini. L’exposition retrace la relation intellectuelle, politique et artistique entre le génie du baroque, Gian Lorenzo Bernini, dit le Bernin, et le cardinal Maffeo Barberini, devenu pape sous le nom d’Urbain VIII.

Le lieu ne pouvait être mieux choisi. La Galerie nationale d’art ancien – Palais Barberini accueille, jusqu’au 14 juin, « Bernini et les Barberini ». Construite au début du XVIIe siècle à la demande du pape Urbain VIII, la demeure, au chantier de laquelle a participé le Bernin, constitue un cadre idéal pour évoquer la relation qui unissait les deux hommes. Organisée à l’occasion du 400e anniversaire de la consécration de la nouvelle basilique Saint-Pierre et bénéficiant de prêts internationaux de grande qualité, l’exposition permet de redécouvrir les chefs-d’œuvre du maître du baroque italien, déjà admiré par le cardinal romain bien avant son pontificat.

La naissance d’un génie

 Le cardinal Maffeo Barberini (1568-1644), futur pape Urbain VIII, découvre très tôt le talent du jeune Gian Lorenzo Bernini (1598-1680). L’homme d’Église rencontre le jeune artiste alors que celui-ci travaille dans l’atelier de son père, Pietro Bernini, sculpteur reconnu du maniérisme italien. Plusieurs œuvres illustrent dans l’exposition l’art de Pietro, dont un magnifique prêt du musée de Tessé, au Mans, représentant Adam, Ève et le serpent (v. 1620-1622). Ce marbre superbe témoigne, par sa composition tournoyante, de l’influence de Giambologna, mais n’atteint toutefois pas la virtuosité technique que son fils développera dans les années suivantes.

Vue de l’exposition “Bernini et les Barberini” à la Galerie nationale d’art ancien – Palais Barberini, 2026. Photo Alberto Novelli

Vue de l’exposition « Bernini et les Barberini » à la Galerie nationale d’art ancien – Palais Barberini, 2026. Photo : © Alberto Novelli

La première œuvre baroque créée par le jeune Bernini est une commande passée par le cardinal pour orner sa chapelle familiale dans l’église Sant’Andrea della Valle. Sculpté en 1617, alors que Gian Lorenzo n’a encore que 19 ans, le Saint Sébastien, conservé dans une collection privée, constitue l’un de ses premiers chefs-d’œuvre. La douceur et l’éclat de la chair du martyr, dont le corps s’abandonne dans une quasi-extase sur le tronc d’un arbre, sont à couper le souffle.

Vue de l’exposition “Bernini et les Barberini” à la Galerie nationale d’art ancien – Palais Barberini, 2026. Photo Alberto Novelli Vue de l’exposition “Bernini et les Barberini” à la Galerie nationale d’art ancien – Palais Barberini, 2026. Photo Alberto Novelli

Vue de l’exposition « Bernini et les Barberini » à la Galerie nationale d’art ancien – Palais Barberini, 2026. Photo : © Alberto Novelli

Parfaitement mis en valeur par la scénographie de l’exposition, il témoigne du tournant artistique qui s’opère à Rome au début du XVIIe siècle, prônant le naturalisme contre la manière, dans le sillage de Caravage et des Carrache. La composition virtuose semble convaincre Maffeo Barberini, mécène avisé et puissant. Une relation durable s’installe alors entre les deux hommes et prend un tournant décisif le 6 août 1623, lorsque le cardinal monte sur le trône de saint Pierre sous le nom d’Urbain VIII.

Vue de l’exposition « Bernini et les Barberini » à la Galerie nationale d’art ancien – Palais Barberini, 2026. Photo : © Alberto NovelliVue de l’exposition « Bernini et les Barberini » à la Galerie nationale d’art ancien – Palais Barberini, 2026. Photo : © Alberto Novelli

Vue de l’exposition « Bernini et les Barberini » à la Galerie nationale d’art ancien – Palais Barberini, 2026. Photo : © Alberto Novelli

Une collaboration artistique fructueuse

 Durant l’ensemble de son pontificat (1623-1644), Urbain VIII fait du « Cavalier » Bernin son artiste attitré, et lui confie les grands chantiers urbanistiques et artistiques destinés à faire rayonner et affirmer le pouvoir de la Ville éternelle sur l’Europe entière. C’est ainsi que, dès 1624, le pape confie au sculpteur un projet titanesque : celui de mener à son terme la restructuration de la basilique Saint-Pierre, commencée dès le début du XVIe siècle sur les dessins de Michel-Ange et de Bramante.

Commandé par le pape Urbain VIII, le baldaquin de bronze de Bernini (1624-1633) s'élève à près de 29 mètres au-dessus du maître-autel de la basilique Saint-Pierre, Rome. Photo : © Unsplash / Clay BanksCommandé par le pape Urbain VIII, le baldaquin de bronze de Bernini (1624-1633) s'élève à près de 29 mètres au-dessus du maître-autel de la basilique Saint-Pierre, Rome. Photo : © Unsplash / Clay Banks

Commandé par le pape Urbain VIII, le baldaquin de bronze de Bernini (1624-1633) s’élève à près de 29 mètres au-dessus du maître-autel de la basilique Saint-Pierre, Rome. Photo : © Unsplash / Clay Banks

Le Bernin se fait alors artiste total, pensant l’architecture, la sculpture et la peinture comme un ensemble visant à glorifier le siège de la chrétienté occidentale. L’exposition ne peut malheureusement qu’évoquer les grandioses réalisations de l’Italien à travers des dessins préparatoires ou des gravures d’époque, sans que l’on puisse percevoir la splendeur du Baldaquin (1624-1633) en bronze ou la force du Saint Longin (1629-1638) de la croisée du transept (des visites guidées sont organisées dans la basilique pour prolonger l’exposition).

Vue de l’exposition « Bernini et les Barberini » à la Galerie nationale d’art ancien – Palais Barberini, 2026. Photo : © Alberto NovelliVue de l’exposition « Bernini et les Barberini » à la Galerie nationale d’art ancien – Palais Barberini, 2026. Photo : © Alberto Novelli

Vue de l’exposition « Bernini et les Barberini » à la Galerie nationale d’art ancien – Palais Barberini, 2026. Photo : © Alberto Novelli

Le Bernin ne se contente pas de mener à bien les commandes visant à affirmer l’autorité et le pouvoir religieux du pape sur l’Église. Urbain VIII cherche également à valoriser la puissance économique et politique de sa famille, les Barberini, l’une des plus riches de Rome. Il commande alors au Bernin une série de bustes destinée à être exposés dans son palais romain, alors que cette pratique était davantage réservée aux usages funéraires. Beaucoup d’entre eux ont pu être réunis pour l’occasion, et il est difficile de rester insensible aux portraits du pontife, tant le sculpteur parvient à faire transparaître toute la personnalité de son modèle avec virtuosité et vivacité.

Vue de l’exposition « Bernini et les Barberini » à la Galerie nationale d’art ancien – Palais Barberini, 2026. Photo : © Alberto NovelliVue de l’exposition « Bernini et les Barberini » à la Galerie nationale d’art ancien – Palais Barberini, 2026. Photo : © Alberto Novelli

Vue de l’exposition « Bernini et les Barberini » à la Galerie nationale d’art ancien – Palais Barberini, 2026. Photo : © Alberto Novelli

Un artiste libre dans la Rome du XVIIe siècle

 L’exposition ne se contente pas de mettre en lumière la simple relation entre le Bernin et Maffeo Barberini. Elle replace également l’œuvre du sculpteur dans le milieu artistique stimulant de la Rome du début du XVIIe siècle. Le Bernin n’est pas le seul à portraiturer les riches cardinaux et ambassadeurs venus de toute l’Europe. François Duquesnoy, par exemple, démontre toute sa maestria dans l’étonnant Buste de Michel Magnan (1633-1634), nain du duc de Créqui, qui connut une certaine popularité dans la Ville éternelle.

le Buste de Michel Magnan présentés dans l’exposition « Bernini et les Barberini » à la Galerie nationale d’art ancien – Palais Barberini, 2026. Photo : © Alberto Novellile Buste de Michel Magnan présentés dans l’exposition « Bernini et les Barberini » à la Galerie nationale d’art ancien – Palais Barberini, 2026. Photo : © Alberto Novelli

Le Buste de Michel Magnan présenté dans l’exposition « Bernini et les Barberini » à la Galerie nationale d’art ancien – Palais Barberini, 2026. Photo : © Alberto Novelli

On se doit surtout d’évoquer le Buste de Michelangelo Buonarroti le Jeune, réalisé par Giuliano Finelli en 1630. Élève prodige du Bernin, qu’il cherche à dépasser, il fait preuve d’un sens du détail remarquable, notamment dans les plis du vêtement, ou dans le réalisme de la barbe et des cheveux du modèle, sans toutefois atteindre l’acuité psychologique que son maître parvient à insuffler à ses portraits.

À gauche, le Buste de Michelangelo Buonarroti le Jeune bernini ; à droite, le Buste de Michel Magnan présentés dans l’exposition « Bernini et les Barberini » à la Galerie nationale d’art ancien – Palais Barberini, 2026. Photo : © Alberto NovelliÀ gauche, le Buste de Michelangelo Buonarroti le Jeune bernini ; à droite, le Buste de Michel Magnan présentés dans l’exposition « Bernini et les Barberini » à la Galerie nationale d’art ancien – Palais Barberini, 2026. Photo : © Alberto Novelli

À gauche, le Buste de Michelangelo Buonarroti le Jeune bernini ; à droite, le Buste de Michel Magnan présentés dans l’exposition « Bernini et les Barberini » à la Galerie nationale d’art ancien – Palais Barberini, 2026. Photo : © Alberto Novelli

Le propos va même plus loin. Si le lien entre le Bernin et les Barberini se caractérise par une complicité artistique forte, il n’en reste pas moins traversé par quelques tensions. Le sculpteur demeure avant tout un créateur infatigable, modelant ce qui le touche personnellement, parfois sans commande préalable. En témoigne le Buste de Costanza Piccolomini Bonarelli (v. 1637-1638), femme mariée avec laquelle il entretient une relation, dans lequel le Bernin traduit toute sa sensibilité et sa capacité à capter l’essence de son modèle.

Le Buste de Costanza Piccolomini Bonarelli présenté dans l’exposition « Bernini et les Barberini » à la Galerie nationale d’art ancien – Palais Barberini, 2026. Photo : © Alberto NovelliLe Buste de Costanza Piccolomini Bonarelli présenté dans l’exposition « Bernini et les Barberini » à la Galerie nationale d’art ancien – Palais Barberini, 2026. Photo : © Alberto Novelli

Le Buste de Costanza Piccolomini Bonarelli présenté dans l’exposition « Bernini et les Barberini » à la Galerie nationale d’art ancien – Palais Barberini, 2026. Photo : © Alberto Novelli

Cette aventure extraconjugale n’est pas sans déplaire à Urbain VIII, qui tente de cacher l’affaire lorsque le Bernin apprend que son propre frère a pris sa place dans le cœur de la jeune femme. Le pape tente même de rapprocher son artiste de la peinture. Mais ce domaine reste pour Bernini un champ d’expérimentation personnel, qui l’aide à capter en quelques traits l’âme et le mouvement de ce qui l’entoure, à commencer par lui-même. L’exposition se conclut par un Autoportrait en jeune homme (v. 1623) qui ne laisse pas indifférent. Le regard intense et profond du sculpteur laisse deviner un homme habité par son art, dont les créations continuent encore de fasciner.

Autoportrait en jeune homme (v. 1623) présenté dans l’exposition « Bernini et les Barberini » à la Galerie nationale d’art ancien – Palais Barberini, 2026. Photo : © Alberto NovelliAutoportrait en jeune homme (v. 1623) présenté dans l’exposition « Bernini et les Barberini » à la Galerie nationale d’art ancien – Palais Barberini, 2026. Photo : © Alberto Novelli

Autoportrait en jeune homme (v. 1623) présenté dans l’exposition « Bernini et les Barberini » à la Galerie nationale d’art ancien – Palais Barberini, 2026. Photo : © Alberto Novelli

« Bernini et les Barberini »Galerie nationale d’art ancien – Palais Barberini, Via delle Quattro Fontane 13, Romejusqu’au 14 juin 2026

 

 


Source:

www.connaissancedesarts.com