Pour la première fois depuis août 2024, les forces russes perdent du terrain, selon l’Institute for the Study of War
Pour la première depuis l’incursion ukrainienne d’août 2024 dans la région de Koursk, les forces russes ont subi, en avril 2026, une perte territoriale nette en Ukraine, selon l’Institute for the Study of War (ISW). Moscou a ainsi perdu le contrôle de 116 kilomètres carrés (km²) au cours du mois, dans un contexte de ralentissement continu de ses avancées depuis fin 2025, sous l’effet de contre-offensives ukrainiennes, de frappes à moyenne portée et de difficultés opérationnelles.
En avril, sans faire de grande percée, l’armée ukrainienne est parvenue à avancer en différents endroits le long de la ligne de front : une quarantaine de kilomètres carrés dans chacune des trois régions de Zaporijia, Kharkiv et Donetsk. La Russie a toutefois pris quelques kilomètres carrés à l’est de Kramatorsk (Donetsk). Si les gains ukrainiens en avril sont les premiers depuis deux ans et demi, ils restent marginaux : 120 km² ne représentent que 0,02 % du territoire ukrainien incluant la Crimée et le Donbass.
Sur les six derniers mois (novembre 2025-avril 2026), les forces russes ont conquis environ 1 443 km², contre 2 368 km² sur la même période un an plus tôt. Le rythme d’avance quotidien de l’armée russe s’est effondré à 2,9 km² par jour sur les quatre premiers mois de 2026, contre 9,76 km² par jour sur la même période en 2025, soit une chute de près de 70 %, selon l’ISW.
L’ISW attribue ce ralentissement à plusieurs facteurs : les contre-offensives terrestres ukrainiennes, les frappes à moyenne portée de Kiev, le blocage en février 2026 de l’accès russe aux terminaux Starlink en Ukraine, et la restriction imposée par le Kremlin sur la messagerie Telegram.
La saisonnalité joue également un rôle. L’hiver 2025-2026 a été plus froid d’environ 1,7 °Celsius et significativement plus humide que l’hiver précédent dans l’est de l’Ukraine. La période de dégel printanier – la « raspoutitsa » –, qui rend les terrains boueux et impraticables aux blindés, a contribué au ralentissement observé en mars et en avril.
L’ISW met en garde contre une surestimation des avancées russes. Moscou recourt depuis l’automne 2025 à des tactiques dites « d’infiltration » de petits groupes qui s’insinuent derrière les lignes ukrainiennes sans pour autant contrôler le terrain afin de gonfler les bilans territoriaux.
En incluant ces zones d’infiltration, le total revendiqué atteint 1 716 km² sur six mois, mais seuls 1 443 km² correspondent à du territoire réellement tenu par les forces russes, soit 84 % du chiffre avancé. Les 16 % restants correspondent à des « zones grises » contestées, souvent entremêlées aux positions ukrainiennes.
Sur le plan aérien, des blogueurs militaires russes soulignent des dysfonctionnements dans la campagne de bombardements. Si les chasseurs bombardiers Su-34 peuvent désormais emporter jusqu’à six bombes planantes par sortie – ce qui pourrait théoriquement porter le rythme de frappes de 10 000 à 15 000-16 000 munitions par mois –, cette montée en puissance se heurte à des obstacles structurels, comme une pénurie de personnels de maintenance et d’avions d’entraînement.
Source:
www.lemonde.fr

