Raconter la fin des années lycées par le prisme d’une playlist : telle est le pari de Mixtape, disponible le jeudi 7 mai sur PC, Switch 2, PlayStation 5 et Xbox Series. A la veille du départ pour New York de la jeune californienne Stacey Rockford, le jeu nous fait vivre sa dernière journée en compagnie ses deux meilleurs amis, Van et Cassandra.
Pour l’occasion, celle qui se destine à une carrière de curatrice musicale a élaboré une compilation de vingt-cinq titres censée célébrer le meilleur de leur relation amicale. Du rock nerveux de Smashing Pumpkins aux mélodies de groupes plus obscurs, la bande-son ne se contente pas d’accompagner l’action : elle vient exhumer les souvenirs et révéler, titre après titre, une nouvelle facette d’un protagoniste.
La séquence d’ouverture donne le ton : elle nous place aux commandes de l’adolescente lorsqu’elle dévale une colline en skateboard et doit slalomer entre les voitures sur un rock nerveux de Devo. Les trois skateurs frappent automatiquement des mains en rythme avec les claquements du morceau : le nouveau titre des Australiens de Beethoven & Dinosaur emprunte ainsi ostensiblement les codes de la comédie musicale – déjà convoquée pour leur précédente production, The Artful Escape (2021), librement inspirée par le personnage de Ziggy Stardust de David Bowie (1947-2016).
Un peu plus tard, on s’amuse à marteler les boutons pour faire dodeliner de la tête nos personnages sur les guitares agressives du groupe Silverchair lors d’un trajet en voiture – clin d’œil au film Wayne’s World (1992) – ou à guider du joystick la langue de deux adolescents qui s’embrassent goulûment en écoutant un morceau jazz de la harpiste Alice Coltrane (1937-2007).
Disque rayé
Mais passé les fulgurances des premiers mini-jeux qui ne manquent pas de piquant, les mécaniques ludiques peinent à se renouveler. Le studio recycle à quelques reprises ses meilleures trouvailles, comme le skate, faute d’en trouver de nouvelles aussi convaincantes.

En outre, Mixtape emprisonne le joueur dans un cadre rigide et dirigiste alors qu’il prône l’émancipation de la jeunesse. Ainsi, même lorsque l’on s’envole au-dessus de la ville sur l’hypnotisant Atmosphere de Joy Division, on reste aimantés vers une trajectoire imposée. Impossible de naviguer librement. Comme si le défilement des superbes décors et la direction artistique léchée devaient suffire à maintenir le joueur en haleine.
Paradoxalement, ce sont les moments où l’on ne touche pas la manette qui deviennent le cœur battant de ce jeu vidéo. Les dialogues ciselés font peu à peu jaillir les fêlures et les doutes de chacun. Cette parenthèse adolescente douce-amère y gagne progressivement en profondeur sans jamais sacrifier l’humour potache.
C’est cette justesse d’écriture qui nous retient jusqu’au générique de fin de cette expérience d’à peine quatre heures. « On peut trouver des merveilles dans les petits espaces quand on les observe bien », comme le résume Van, totalement ivre et allongé sur le capot d’une voiture.
L’avis de Pixels
On a aimé :
La sélection musicale d’exception qui dicte la mise en scène ;
Les expérimentations visuelles.
On a moins aimé :
Des phases de jeu qui peinent à se renouveler ;
Le manque de liberté.
C’est plutôt pour vous si :
Vous possédez une solide culture rock ;
Vous appréciez les récits interactifs portés par des dialogues fins et un format court.
Ce n’est plutôt pas pour vous si :
Vous préférez laisser vos souvenirs d’adolescence au vestiaire.
La note de Pixels :
33/45 (tours)
Source:
www.lemonde.fr

