Quelques semaines avant que la France ne célèbre, au mois de mai, les 25 ans de la loi Taubira, qui reconnaît la traite et l’esclavage atlantique comme crime contre l’humanité, nous avons assisté, le 25 mars, à un tournant diplomatique, voire géopolitique, majeur. Adoptée par 123 pays, soit plus des deux tiers des votes exprimés, une résolution portée par le Ghana et son président, John Dramani Mahama, qualifie la traite et l’esclavage racialisé des Africains comme « le plus grave crime contre l’humanité ». Cette déclaration s’accompagne d’engagements à la réparation de ce crime par la reconnaissance symbolique, la restitution des biens culturels aux sociétés africaines et l’aide au développement et à l’éducation pour les régions les plus concernées, en Afrique et en Caraïbe.
Si ces engagements ne sont pas très contraignants, l’enjeu symbolique est considérable : par cette décision, l’Assemblée générale de l’Organisation des Nations unies (ONU) a mis en minorité l’Occident sur la scène internationale. Le Ghana, et avec lui l’Union des Etats africains ainsi que des Etats de la Caraïbe, a su créer un consensus politique majoritaire mené par le Sud global. Ce n’est, certes, pas la première fois : dans les rapports de force issus de la décolonisation des empires européens, marquée par la conférence de Bandung en 1955 et le mouvement des non-alignés, la tribune de l’Assemblée générale de l’ONU fut stratégique. Et quand bien même ses résolutions ne sont pas respectées – on le voit à propos de la Palestine par exemple – lorsqu’elle s’oppose aux positions du Conseil de sécurité, véritable lieu du rapport de force international, le vote de l’Assemblée générale offre un atout indéniable : la visibilité.
Face à cette adhésion massive, les Etats-Unis et leurs alliés idéologiques du moment, Israël et l’Argentine, font ainsi pâle figure avec leurs trois « non », et l’abstention des 52 pays occidentaux, de l’Europe en premier lieu, met en exergue leur embarras et leurs contradictions.
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Source:
www.lemonde.fr

