C’est une histoire qu’Anina Ciuciu, avocate franco-roumaine de 36 ans, a découverte sur le tard, en 2014, au cours d’une visite au camp des familles tsiganes d’Auschwitz (Pologne). Là, sur les plaques mémorielles, sont inscrits des noms et des lieux de provenance aux consonances familières. Alors étudiante, elle n’avait jamais fait le lien entre l’ampleur de ce génocide et sa propre histoire familiale. Peu à peu, elle collecte des informations.
Comme beaucoup de personnes de la communauté rom de Roumanie, ses arrière-grands-parents ont été déportés en Ukraine, dans un camp à Odessa, où le régime roumain fasciste allié de l’Allemagne nazie perpétrait la Shoah par balles.
« J’ai fini par comprendre pourquoi ma grand-mère avait été prénommée Odessa. C’est une histoire dont on n’avait jamais parlé chez moi, peut-être parce que c’était trop dur à porter. Mais on ne l’a jamais évoquée à l’école non plus », regrette celle qui se définit comme « romni » (rom au féminin), en romani, sa langue maternelle.
Arrivée à l’âge de 8 ans en France avec sa famille qui fuyait les discriminations, Anina Ciuciu a vécu de multiples expulsions et changements d’école lors de ses premières années d’exil. Pendant ses études de droit, elle a coécrit Je suis tzigane et je le reste (City, 2013), pour raconter ce vécu jalonné de racisme. Mais c’est pour briser un autre silence que le collectif Zor a été créé en 2024 par des descendants de « nomades » internés en France pendant la seconde guerre mondiale et dont elle est l’une des porte-parole.
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Source:
www.lemonde.fr

