« Considérez le cannibalisme universel de la mer, dont toutes les créatures s’entre-dévorent, (…) puis tournez vos regards vers cette verte, douce et très solide terre : ne trouvez-vous pas une étrange analogie avec quelque chose de vous-même ? » Par cette phrase tirée de Moby Dick (1851), Herman Melville se réfère à la sélection naturelle, qui, par le biais de l’environnement, opère un tri entre les différentes formes du vivant.
Certains assimilent ce processus, proposé par Charles Darwin, à une jungle ou, comme Herman Melville, à une mer impitoyable. Mais cette sélection pourrait-elle aussi s’opérer en nous ? Au plus profond de nos organes et de nos tissus, nos propres cellules se livreraient-elles aussi au « cannibalisme universel » ? C’est ce qu’aurait observé l’équipe de Hua Zhang, selon un article publié en décembre 2025 dans la revue EMBO Reports.
D’après leurs recherches, au sein des ovaires des souris femelles, les ovocytes, cellules reproductrices, se mangeraient entre elles par un mécanisme appelé « phagocytose ».
Ce résultat spectaculaire pourrait expliquer une observation restée longtemps mystérieuse, se produisant au cours du développement embryonnaire. Chez l’humain, à la naissance des fœtus de sexe féminin, plusieurs centaines de milliers d’ovocytes immatures sont présents dans les ovaires, tandis qu’ils étaient plusieurs millions au stade embryonnaire. Ce phénomène de disparition massive est d’autant plus flagrant quand on sait que seulement 400 ovocytes seront finalement libérés au cours de la vie. Encore aujourd’hui, on ne peut donner d’explication complète concernant cette disparition massive des cellules reproductives, et cela est vrai chez de nombreux animaux.
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Source:
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