Oui, le surpoids voire l’obésité est intrinsèquement liée à l’hypertension. L’association des deux maladies « agit de façon synergique, les risques se renforcent mutuellement » alerte Clara Ledoux Morvan, diététicienne et nutritionniste. C’est pourquoi en cas de diagnostic de l’une ou de l’autre de ces maladies, il est plus prudent de faire des bilans de santé réguliers. Mais il existe aussi des signes annonciateurs que l’on peut surveiller individuellement.
Suis-je en surpoids ? Les indices
L’étude la plus récente en France sur les chiffres de l’obésité et du surpoids donne des chiffres inquiétants. En 2024, l’Observatoire Français d’épidémiologie de l’Obésité (OFEO) estimait que 48,8 % de la population française était en surpoids ou en obésité.
La maladie des tissu adipeux est caractérisée par une accumulation excessive de graisse dans l’organisme, dont la plus dangereuse est celle qui se trouve autour des muscles abdominaux.
Habituellement mesurée par l’IMC, l’indice de masse corporel, le surpoids nécessite aussi de mesurer le tour de taille et le taux de graisse dans l’organisme. Une personne est considérée comme :
En surpoids si son IMC est supérieur ou égale à 25 ;
En obésité si son IMC est supérieur ou égale à 30.
Ce chiffre doit être combinée avec le repère du tour de taille.
Une femme est considérée comme en surpoids si son tour de taille fait 80 cm. Les risques augmentent au-delà de 88 cm.
Un homme est considéré comme en surpoids si son tour de taille fait 94 cm. Les risques augmentent au-delà de 102 cm.
Ai-je de l’hypertension ? Les indices
En France, 17 millions d’adultes souffrent d’hypertension, soit environ 1 adulte sur 3. Et parmi eux, près de 6 millions de personnes sont concernées sans même le savoir.
L’hypertension artérielle, c’est quoi ? « Concrètement, le cœur agit comme une pompe qui envoie le sang dans les vaisseaux. Si la pression est trop forte, et de façon prolongée, cela fatigue et abime progressivement les artères. On parle d’hypertension artérielle (HTA) quand cette pression est égale ou supérieure à 140/90mmHg de manière persistante », répond Clara Ledoux Morvan.
Les causes sont multiples :
Surpoids et hypertension, comment les deux sont liées au niveau métabolique ?
Tout part du tissu adipeux, la graisse, notamment abdominale. « C’est un organe actif qui influence plusieurs mécanismes », explique la diététicienne.
Le tissu adipeux agit d’abord « sur la résistante à l’insuline », qui avec le temps, peut se transformer en « hyperinsulinémie » ce qui vient « activer le système nerveux sympathique » constamment, et donc « augmenter la pression artérielle ».
Le tissu adipeux provoque aussi « une inflammation chronique de bas grade ». Ce qui, avec le temps, « altère les parois vasculaires qui se fragilisent ».
Le tissu adipeux agit également sur l’« activation du système rénine-angiotensine-aldostérone », le système hormonal localisé dans le rein et dont le rôle prépondérant est de réguler la pression artérielle. L’action de l’accumulation des tissus adipeux dans l’organisme provoque donc « une augmentation du volume sanguin, dans des parois déjà fragilisées ».
Enfin, la graisse impacte aussi « la production de monoxyde d’azote, une molécule produite par les vaisseaux pour leur permettre de se dilater ».
Quels sont les risques associés aux deux maladies ?
Les deux maladies agissent de façon synergique. Les conséquences de l’une et de l’autre viennent amplifier les risques liés aux deux maladies. Et ils sont nombreux.
des risques cardiovasculaires (infarctus du myocarde, AVC, insuffisance cardiaque) ;
une atteinte des vaisseaux (perte d’élasticité des artères, diminution de la circulation sanguine vers les organes) ;
des risques rénaux (altération des petits vaisseaux des reins, risques d’insuffisance rénale
des risque métaboliques (diabète de type 2 avec une insulinorésistance, déséquilibres du cholestérol et des triglycérides) ;
d’autres complications fréquentes (stéatose hépatique ou maladie du foie gras, apnée du sommeil qui entretient l’hypertension).
Il faut donc s’alerter et consulter aussi rapidement que possible. L’importance de surveiller les symptômes prend ainsi tous son sens. Notamment pour l’hypertension chez qui les symptômes ne sont pas tout de suite identifiables. Ils se traduisent au quotidien par « de la fatigue, de l’essoufflement, une diminution de la tolérance à l’effort, des troubles du sommeil ».
Quelles sont les populations les plus à risques ?
Des facteurs socio-économiques impactent bel et bien les potentiels risques de développer ces maladies. Un revenu plus faible couplé à un mode de vie stressant agit sur la tension et le poids. « L’environnement est moins favorable à l’activité physique, à l’accès à la prévention et au suivi médical ».
L’âge et le sexe ont aussi un rôle à jouer dans le processus. « Les risques augmentent naturellement avec le vieillissement, notamment en raison de la rigidification progressive des artères », informe la diététicienne. Et le risque est prévalent notamment chez « les hommes, à un âge moins mûr ». Chez les femmes, « c’est la ménopause et la baisse des œstrogènes protecteurs qui marquent une certaine vulnérabilité ».
Enfin, « certaines études épidémiologiques dont celles de l’OMS et de grandes cohortes internationales ont démontrés une prévalence plus élevée d’hypertension chez certaines populations, en particulier chez les populations afrodescendantes », précise Clara Ledoux Morvan.
Je souffre de l’une ou des deux maladies, comment me soigner ?
Après avoir été diagnostiqué, le traitement peut passer par trois axes distincts ou cumulés, en fonction de la gravité.
« L’alimentation d’abord, joue un rôle important », informe la nutritionniste. Cela passe par :
la réduction du sel dans ses repas (moins de 5 g par jour) ;
l’augmentation de la consommation de légumes, de fibres et de potassium ;
la diminution des produits ultra-transformés.
Clara Ledoux Morvan recommande par ailleurs, de se fier au « modèle type du régime méditerranéen ».
Dans un second temps, l’activité physique peut tout changer. « L’objectif est d’atteindre au moins 150 minutes par semaine d’activité physique ». Toutefois, ces activités ne doivent pas nécessairement être compliquées. « Marcher 10 minutes ou faire du vélo, ne serait-ce que d’appartement, après chaque repas, soit 30 minutes par jour, permet déjà d’améliorer la glycémie, la circulation et la tension artérielle », insiste-t-elle.
Enfin, dans les cas les plus poussés, une prise en charge médicale peut être envisagée. Il existe « des médicaments antihypertenseurs si nécessaires », ainsi que d’autres « traitements pouvant accompagner la perte de poids selon les situations ».
Pour les cas d’obésité sévère avec une indication médicale très lourde, on envisage alors une « chirurgie bariatrique ».
Des résultats très rapidement
Ce qu’il faut savoir, c’est que « des améliorations peuvent apparaître assez rapidement ».
Du côté de l’alimentation, « une réduction du sel » prouvent des effets positifs « en quelques semaines ».
Couplée à une « reprise de l’activité physique et une perte de poids modérée (5 à 10 % du poids », les améliorations sont visibles au bout d’un à trois mois.
Un suivi personnel peut aussi aider. En « testant régulièrement sa tension à domicile avec un tensiomètre » par exemple. « Cela permet d’objectiver les progrès et d’ajuster la prise en charge avec les professionnels de santé », conclut-elle.
Sources
Entretien ce 23 avril 2026 avec Clara Ledoux Morvan, diététicienne et nutritionniste.
Source:
www.santemagazine.fr

