Vous observez des taches blanches, jaunes ou brunes sur les dents de votre enfant ? Ce n’est pas toujours une question d’hygiène. Il peut s’agir d’une MIH (hypominéralisation incisivo-molaire), une anomalie fréquente de l’émail qui fragilise certaines dents définitives.
En France, près d’un enfant sur cinq serait concerné. Comment reconnaître cette affection ? Quand consulter ? Et surtout, comment soulager son enfant ? On fait le point avec la Dre Marie-Pierre Carat-Sarracanie, chirurgienne-dentiste spécialisée en dentisterie pédiatrique.
Définition : qu’est-ce que la MIH ?
La MIH, ou hypominéralisation incisivo-molaire, est une anomalie de la qualité de l’émail qui touche certaines dents définitives de l’enfant (incisives et premières molaires définitives).
Une fragilité importante de l’émail.
Des taches bien délimitées sur les dents.
Une hypersensibilité, notamment au froid, au chaud et au brossage.
Ces taches peuvent être blanches, jaunes ou brunâtres. Les dentistes parlent d’ailleurs d’« opacités bien délimitées », souvent asymétriques d’une dent à l’autre.
La MIH est-elle fréquente ?
Oui. L’hypominéralisation molaires-incisives est aujourd’hui considérée comme une pathologie assez fréquente chez l’enfant. Elle toucherait environ 13 à 14 % des enfants, soit près d’1 enfant sur 7 dans le monde. En France, les chiffres sont encore plus élevés : environ 19 % des enfants seraient concernés, soit presque 1 enfant sur 5.
Quelle est la différence entre MIH et fluorose ?
La MIH fragilise fortement l’émail. Les taches sont souvent asymétriques et les dents peuvent devenir sensibles, voire douloureuses.
La fluorose, en revanche, est causée par un excès de fluor pendant l’enfance. Elle entraîne généralement des lignes plus diffuses et symétriques sur toutes le dents définitives, et fragilise moins l’émail dans ses formes légères. Par ailleurs, la fluorose est rare en France !
À quoi ressemblent les taches de MIH ?
Les taches liées à la MIH peuvent être blanches, jaunes, beiges ou brunes. « Leur couleur donne souvent une indication sur la gravité de l’atteinte », précise la Dre Carat-Sarracanie.
Les taches blanches correspondent généralement aux formes les plus légères.
Les taches jaunes ou beiges traduisent une atteinte intermédiaire.
Les taches brunes sont associées aux formes les plus sévères.
Autrement dit, plus la tache est foncée, plus l’émail est fragile et risque de s’effriter rapidement. Une autre particularité de la MIH, c’est l’asymétrie des lésions. Un enfant peut, par exemple, avoir une molaire avec des taches marron et une autre avec des taches blanches.
MIH : quelles sont les dents concernées ?
La MIH touche uniquement les dents définitives. Les dents le plus souvent concernées sont les premières molaires définitives, aussi appelées « dents de 6 ans », ainsi que les incisives définitives, c’est-à-dire les dents de devant.
Pour poser le diagnostic, il faut au minimum qu’une première molaire définitive soit atteinte. Au total, la MIH peut toucher jusqu’à 12 dents : les 4 premières molaires définitives et les 8 incisives.
Une maladie chronique qui dure toute la vie
La MIH doit être envisagée comme une maladie chronique, estime la chirurgienne-dentiste.
Mais bonne nouvelle : les taches ne s’étendent pas avec le temps. Des soins peuvent être nécessaires tout au long de la vie. Mais avec un bon suivi, on peut stabiliser la situation
La clé ? Une prise en charge précoce.
Mon enfant a des taches sur les dents : est-ce forcément une MIH ?
Pas forcément. Toutes les taches sur les dents ne sont pas liées à une MIH. D’autres causes peuvent expliquer des marques blanches, jaunes ou brunâtres sur l’émail, comme une fluorose, une carie débutante ou un défaut de formation de l’émail. Un examen chez le dentiste est donc indispensable pour poser le bon diagnostic.
Les dents de lait ne sont donc pas concernées par la MIH au sens strict. En revanche, il existe une anomalie proche appelée HSPM (« hypominéralisation des secondes molaires temporaires »), qui affecte certaines dents de lait, surtout les grosses molaires du fond. À noter : les enfants qui présentent une HSPM ont un risque plus élevé de développer ensuite une MIH sur leurs dents définitives, mais ce n’est pas automatique.
Hypominéralisation incisivo-molaire : d’où viennent ces taches sur les dents ?
La cause exacte de la MIH (hypominéralisation incisivo-molaire) est encore mal connue. Mais les spécialistes s’accordent aujourd’hui sur une origine multifactorielle. Plusieurs facteurs pourraient intervenir au même moment.
Plusieurs causes sont envisagées :
Une prédisposition génétique,
Des épisodes de forte fièvre durant la petite enfance,
Certaines maladies de la petite enfance (rougeole, rubéole, infections ORL, bronchiolite, asthme…),
Des complications autour de la naissance (prématurité, accouchement difficile, manque d’oxygène).
« Contrairement à ce que l’on pensait il y a quelques années, le bisphénol A ou certains médicaments ne sont plus considérés comme des causes probables de la MIH, mais 37 causes potentielles sont encore étudiées aujourd’hui », souligne la Dre Carat-Sarracanie.
La MIH est-elle liée à une mauvaise hygiène dentaire ?
« Non. La MIH n’est pas liée à un mauvais brossage. Il s’agit d’un défaut de formation de l’émail qui apparaît bien avant l’éruption des dents », rappelle la Dre Carat-Sarracanie.
En revanche, une hygiène dentaire insuffisante peut aggraver les conséquences de la maladie. Les dents atteintes étant plus fragiles et plus sensibles, elles sont aussi plus exposées aux caries et aux fractures de l’émail…
Quels sont les risques de l’hypominéralisation incisivo-molaire pour la santé ?
La MIH ne provoque pas seulement des taches sur les dents. Cette anomalie fragilise l’émail et peut entraîner plusieurs complications, parfois dès le plus jeune âge.
Des dents plus fragiles
Vous l’aurez compris, l’émail peut s’effriter ou se casser facilement. La dentine, située sous l’émail, se retrouve alors exposée, ce qui rend la dent beaucoup plus sensible. Dans certains cas, une partie importante de la dent peut être abîmée dès l’enfance…
Un risque accru de caries
C’est la complication la plus fréquente. Comme l’émail protège moins bien la dent, les bactéries pénètrent plus facilement. Les caries apparaissent donc plus rapidement et évoluent souvent vite. Certaines études montrent qu’une dent atteinte sévèrement de MIH a jusqu’à 10 fois plus de risque de développer une carie !
Des douleurs et une hypersensibilité
Les enfants peuvent ressentir :
Des douleurs au froid ou au chaud,
Une gêne avec les aliments sucrés,
Des douleurs pendant le brossage,
Une sensibilité à la mastication.
Dans les formes sévères, la douleur peut être présente même sans stimulation particulière.
Des difficultés pour manger et se brosser les dents
À cause de la douleur, certains enfants :
Mâchent d’un seul côté,
Évitent certains aliments,
Brossent moins bien les dents sensibles.
« Cela favorise l’accumulation de plaque dentaire et augmente encore le risque de caries et d’inflammation des gencives », prévient la Dre Carat-Sarracanie.
Un risque de perte précoce des molaires
Dans les cas les plus sévères, certaines molaires permanentes peuvent être tellement abîmées qu’elles doivent être extraites très tôt. Or, ces dents jouent un rôle essentiel dans la mastication et le bon alignement des mâchoires.
Des conséquences psychologiques et sociales
Lorsque les taches situées sur les dents de devant (les incisives) sont larges et très colorées, certains enfants peuvent ressentir une gêne liée à l’apparence de leur sourire. Cela peut affecter leur confiance en eux, notamment lorsqu’ils parlent, rient ou sourient devant les autres. Cela peut aussi compliquer certaines interactions sociales avec leurs camarades.
« La répétition des soins dentaires douloureux peut aussi entraîner une peur vis-à-vis des soins dentaires », regrette la Dre Carat-Sarracanie.
Quand faut-il consulter un dentiste ? Quels symptômes doivent alerter ?
Prenez rendez-vous si votre enfant :
Se plaint du froid ou du chaud,
Refuse de se brosser les dents à cause de douleurs ou de sensibilités,
Présente des taches blanches, jaunes ou brunes sur certaines dents,
À un émail qui s’effrite ou se casse facilement,
Développe des caries rapidement.
« Plus la prise en charge est précoce, plus on peut protéger les dents durablement », rappelle la Dre Carat-Sarracanie.
Peut-on prévenir l’hypominéralisation des incisives est des molaires ?
On ne peut pas empêcher l’apparition de la MIH. En revanche, une bonne hygiène bucco-dentaire permet de limiter les complications et de mieux protéger les dents fragiles au quotidien.
Les bons gestes à adopter
Quelques habitudes simples peuvent faire la différence :
Brosser les dents matin et soir pendant 2 minutes, idéalement après le petit-déjeuner et juste avant le coucher ;
Utiliser un dentifrice fluoré adapté à l’âge de l’enfant. Dès 6 ans, un dentifrice contenant 1 450 ppm de fluor est généralement recommandé ;
Accompagner le brossage jusqu’à environ 8 ans. L’enfant peut commencer seul, mais les parents doivent compléter le brossage ;
Consulter régulièrement le dentiste. Pour rappel : le bilan bucco-dentaire Mtdents est pris en charge par l’assurance maladie 1 fois par an, à partir de 3 ans. Idéal, pour un diagnostic précoce !
En cas de douleurs ou d’hypersensibilité, il peut aussi être utile :
D’utiliser une brosse à dents souple avec une petite tête adaptée à l’âge de l’enfant,
De préférer l’eau tiède,
De choisir un dentifrice au fluor et à l’arginine,
D’en parler rapidement au dentiste.
Quels aliments limiter en cas de MIH
Chez les enfants atteints de MIH, l’émail est plus fragile et les caries se développent plus facilement. Certains aliments et boissons peuvent aggraver la situation :
Les sodas, même sans sucre ;
Les sirops et boissons sucrées à table ;
Les aliments très acides, comme le citron en excès ;
Les bonbons collants ;
Les biscuits industriels ;
Les céréales sucrées qui collent aux dents.
Prudence, aussi, avec les médicaments sucrés !
Les sirops pour enfants et certains comprimés d’homéopathie contiennent du sucre qui améliore leur goût. Or, chez les enfants atteints de MIH, les dents sont déjà plus fragiles et plus sensibles aux caries.
Après la prise d’un médicament sucré, des résidus peuvent rester sur les dents et favoriser le développement des bactéries. C’est particulièrement vrai le soir, lorsque la salive diminue pendant le sommeil.
Après le brossage du soir, seule l’eau est recommandée !
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Quels sont les traitements possibles ? Comment soigner une MIH ?
La prise en charge dépend du nombre de dents touchées, de la gravité des lésions, des symptômes et de l’impact esthétique des taches. « Chaque enfant est différent. Le traitement est donc toujours personnalisé », explique la Dre Carat-Sarracanie.
Le plan de traitement sera réfléchi par le dentiste sur la base du gradient thérapeutique : partir du traitement le moins invasif possible et progresser au fur et à mesure en fonction de l’évolution des dents vers des traitements plus invasifs.
Les traitements préventifs
Quand les dents sont peu atteintes, le dentiste privilégie d’abord des soins destinés à protéger l’émail et à limiter les complications.
Les vernis fluorés. Ils peuvent être appliqués directement sur les dents fragiles, pour renforcer l’émail, diminuer la sensibilité et réduire le risque de caries.
Les comblements de sillons ou sealants sur les molaires. Les molaires présentent souvent des sillons profonds où les bactéries s’installent facilement. Pour protéger ces zones, le dentiste peut poser une fine résine qui permet de combler les sillons, de protéger la dent et de faciliter le brossage.
Les soins réparateurs classiques
Lorsque la dent est abîmée, des soins réparateurs peuvent être nécessaires.
La reconstruction avec du composite, ou au verre ionomère. Dans ce cas, le dentiste retire les zones fragilisées puis reconstruit la dent avec un composite, comme pour le traitement d’une carie classique.
Le traitement de la pulpe. Si la lésion atteint l’intérieur de la dent, il peut être nécessaire de soigner la pulpe, c’est-à-dire le nerf de la dent. Certains matériaux récents, comme la biodentine, permettent parfois de protéger la pulpe et de conserver la dent vivante.
Les traitements des formes sévères de MIH
Lorsque les dents sont très fragiles ou très détériorées, des soins plus importants peuvent être proposés.
Les couronnes pédiatriques. Elles peuvent être utilisées pour recouvrir les molaires très atteintes afin de protéger la dent, de limiter les douleurs et d’améliorer la mastication.
L’extraction des dents très atteintes (uniquement si les dents de sagesse sont présentes). « Cette solution est toujours étudiée avec précaution et peut être associée à un traitement orthodontique pour permettre aux autres dents de prendre la bonne place », précise la Dre Carat-Sarracanie. Lorsque les conditions sont favorables, cela peut permettre à l’enfant de retrouver une bouche plus saine sur le long terme.
Quelles solutions esthétiques pour camoufler les taches ?
Les taches liées à la MIH peuvent être difficiles à vivre pour certains enfants, notamment à cause du regard des autres ou des moqueries à l’école. Heureusement, certains traitements permettent de rendre ces taches moins visibles.
Les infiltrations résineuses. Le dentiste applique une résine très fluide dans la zone tachée afin d’améliorer l’aspect de la dent. Cette technique permet d’atténuer nettement les taches, mais elle ne les fait pas disparaître complètement, prévient la chirurgienne-dentiste.
Les facettes et autres techniques chez l’adulte. Dans certains cas, des facettes en céramique, de petites pièces collées sur la dent ou parfois des couronnes peuvent être proposées. Mais ces solutions ne sont indiquées que dans de très rares cas, précise la chirurgienne-dentiste.
Bon à savoir : toutes les techniques ne sont pas prises en charge financièrement. Renseignez-vous auprès de votre mutuelle !
En résumé, la MIH est fréquente et peut être inconfortable, mais il existe des solutions. Elle demande un suivi régulier tout au long de la vie. En adoptant de bons réflexes et en surveillant les complications, vous pouvez protéger durablement les dents de votre enfant. Au risque de nous répéter : plus la prise en charge est précoce, plus il est possible de limiter les complications.
Source:
www.santemagazine.fr

