Le 12 août 2026 promet une éclipse solaire exceptionnelle traversant la péninsule ibérique, accompagnée du pic des Perséides et d’un alignement planétaire. Ce rendez‑vous céleste rappelle que le phénomène a depuis longtemps fasciné le cinéma, non seulement comme spectacle visuel mais comme outil narratif. À l’écran, l’obscurité provisoire devient prétexte à émerveillement, signal d’apocalypse, pivot dramatique ou simple effet de mise en scène, et trace ainsi une histoire transversale des représentations filmiques.
Aux origines du cinéma, Georges Méliès transforme en fantaisie l’éclipse dans son film de 1907, faisant du Soleil et de la Lune des personnages. Plus tard, le courant expressionniste allemand exploite l’obscurité céleste pour en faire un présage : les images de Fritz Lang dans Les Nibelungen (1924) et La Femme sur la Lune (1929) illustrent la capacité du phénomène à charger le décor d’une valeur symbolique et atmosphérique.
L’éclipse sert aussi de ressort narratif évident lorsque le savoir affronte la superstition, comme dans les multiples adaptations d’Un Yankee à la cour du roi Arthur (Emmett J. Flynn, 1921 ; David Butler, 1931 ; version musicale de 1949 dirigée par Tay Garnett avec Bing Crosby), ou dans la parodie animée de 1978 avec Bugs Bunny. Au fil des décennies, elle devient métaphore de transformation et de destin : citons Richard Donner (Ladyhawke, 1985), Mel Gibson (Apocalypto, 2006) ou des approches plus intimes comme Eclipse (Jeremy Podeswa, 1994) et Judy Berlin (Eric Mendelsohn, 1999), où l’événement céleste intensifie l’intériorité des personnages.
Le registre de l’horreur et de la science‑fiction a lui aussi abondamment puisé dans l’éclipse : La Petite Boutique des Horreurs (Frank Oz, 1986), Pitch Black (David Twohy, 2000), Lara Croft : Tomb Raider (Simon West, 2001) ou Hellboy (Guillermo del Toro, 2004) en montrent la dimension menaçante. Des récits policiers et surnaturels — Dolores Claiborne (Taylor Hackford, 1995), Verónica (Paco Plaza, 2017) — l’utilisent comme toile de fond. L’usage le plus spectaculaire reste toutefois la prise de vues réelle : Richard Fleischer a capté la crucifixion de Barabbas pendant une éclipse réelle, le 15 février 1961, près de Roccastrada, grâce au travail du directeur de la photographie Aldo Tonti. Rare et contraignante, la capture d’un événement astronomique authentique illustre l’attrait durable des cinéastes pour l’éclipse, capable d’offrir une intensité visuelle et symbolique difficile à reproduire artificiellement.


