Alors c’est entendu, on attend probablement surtout de l’observatoire Vera C.-Rubin (Vera C.-Rubin Observatory, en abrégé VRO) – anciennement nommé Large Synoptic Survey Telescope (LSST, en français « Grand Télescope d’étude synoptique ») – installé à proximité du sommet du Cerro Pachón au Chili, qu’il nous livre des secrets concernant l’énergie noire et la matière noire.
Rien n’est assuré sur ce point, mais comme nous l’avait expliqué dans son interview Benoit Carry, astronome au Laboratoire Joseph-Louis Lagrange (CNRS – Observatoire de la côte d’Azur – Université Côte d’Azur), le VRO devrait sans aucun doute possible révolutionner notre connaissance des petits corps célestes et des planètes naines dans le Système solaire.
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L’astronome français, également un des enseignants du DUAO (Diplôme universitaire d’astronomie observationnelle) de l’Observatoire de la Côte d’Azur (OCA), nous avait déclaré sur ce point : « On passera d’environ 1,5 million de petits corps célestes connus dans le Système solaire à 5 ou 6 millions. Parmi eux, il devrait y avoir des millions d’astéroïdes, des milliers de comètes, des dizaines de milliers d’objets de la ceinture de Kuiper (OBK) et des centaines de milliers d’objets de type géocroiseurs (NEOS). »
Le 23 juin, le Rubin Observatory a dévoilé les premières lumières de l’Univers prises par la caméra LSST pendant 10 ans du ciel austral d’une richesse et d’une profondeur totalement inédite, qui révélera jusqu’aux objets les plus ténus et les plus lointains du cosmos. Ce vaste relevé montrera pour la première fois à grande échelle les moindres changements de l’Univers, qu’il s’agisse de phénomènes célestes proches (astéroïdes, comètes, etc.) comme très lointains (supernovæ, etc.). Il permettra des avancées majeures en cosmologie, dans l’étude de la matière noire et de l’énergie noire, ou encore dans la compréhension de notre Système solaire. Benoit Carry est astronome au Laboratoire Joseph-Louis Lagrange (CNRS – Observatoire de la Côte d’Azur – Université Côte d’Azur ) © CNRS – En direct des labos
La partie émergée de l’iceberg des astéroïdes
Un communiqué du NOIRLab (National Optical-Infrared Astronomy Research Laboratory), un centre de recherche pour l’astronomie nocturne optique et infrarouge, basé aux États-Unis, confirme que tout se passe visiblement dans le sens de ce que nous avait confié Benoit Carry puisque plus de 11 000 nouveaux astéroïdes ont été découverts.
Leur existence a été confirmée par le Centre des planètes mineures (MPC) de l’Union astronomique internationale.
Il a fallu pour cela photographier tous les trois jours la totalité de la voûte céleste de l’hémisphère sud, à la recherche notamment de phénomènes transitoires, comme les explosions de supernovae (ou de kilonovae associées aux sursauts gamma courts émetteurs d’ondes gravitationnelles pour faire de l’astronomie multimessager), mais aussi de mouvements d’objets sur cette même voûte.
Les quelque 11 000 nouveaux astéroïdes s’ajoutent aux plus de 80 000 déjà connus. Il faut préciser toutefois que certains de ceux découverts avaient en réalité été « perdus » en raison de l’incertitude trop grande sur les précédentes déterminations de leurs paramètres orbitaux, rendant impossible la prédiction de leur position future.
Mario Juric, professeur à l’Université de Washington et responsable scientifique de l’étude du Système solaire avec le VRO, ne cache pas son enthousiasme dans le communiqué du NOIRLab. « Cette première grande contribution n’est que la partie émergée de l’iceberg et démontre que l’observatoire est prêt. Ce qui prenait auparavant des années, voire des décennies, à découvrir, Rubin le révélera en quelques mois. Nous commençons à tenir la promesse de Rubin de transformer radicalement notre connaissance du Système solaire et d’ouvrir la voie à des découvertes encore inimaginables. »
Animation 3D des astéroïdes découverts par l’observatoire Rubin. Pour obtenir une traduction en français assez fidèle, cliquez sur le rectangle blanc en bas à droite. Les sous-titres en anglais devraient alors apparaître. Cliquez ensuite sur l’écrou à droite du rectangle, puis sur « Sous-titres » et enfin sur « Traduire automatiquement ». Choisissez « Français ». © NSF–DOE Vera C.-Rubin Observatory, NOIRLab, SLAC, AURA, R. Proctor. Star map : Nasa, Goddard Space Flight Center Scientific Visualization Studio. Gaia DR2: ESA, Gaia, DPAC. Image Processing : M. Zamani (NSF NOIRLab)
Un pas de plus pour la découverte d’une neuvième planète géante ?
Le communiqué précise également que 33 objets géocroiseurs (ou NEO, de l’anglais Near Earth Object), jusqu’alors inconnus, ont été détectés. Rappelons qu’il s’agit de petits astéroïdes et de comètes pouvant s’approcher du Soleil à une distance inférieure à 1,3 fois la distance Terre-Soleil.
Aucun des NEO connus ne représente pour le moment une menace pour la Terre, mais les plus grands mesurent environ 500 mètres de diamètre. On surveille ceux de plus de 140 mètres, car leur impact sur Terre pourrait causer des dégâts importants. Avec le VRO, on devrait quasiment doubler le nombre de NEO connus de plus de 140 mètres.

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Le VRO a également permis la découverte d’environ 380 objets transneptuniens (OTN), des petits corps célestes glacés orbitant au-delà de Neptune. C’est particulièrement impressionnant car ces objets ont été débusqués en moins de deux mois et ils s’ajoutent aux 5 000 découverts au cours des trois dernières décennies.
Or, comme l’explique – toujours dans le communiqué du NOIRLab – Kevin Napier, chercheur au Centre d’astrophysique Harvard-Smithsonian, qui a développé avec des collègues les algorithmes permettant de détecter les objets lointains du Système solaire à partir des données de Rubin, « des objets comme ceux-ci offrent une perspective fascinante sur les confins du Système solaire, nous permettant de comprendre comment les planètes se déplaçaient aux premiers temps de son histoire, et de déterminer si une neuvième planète géante, encore inconnue, existe encore ».
Distribution orbitale de 11 097 astéroïdes nouvellement découverts lors du relevé d’optimisation précoce de l’observatoire Rubin (NSF-DOE) : chaque point représente un objet, classé selon sa distance moyenne au Soleil (en unités astronomiques, 1 UA correspondant à la distance Terre-Soleil) et son excentricité orbitale, c’est-à-dire l’allongement de son orbite. La partie gauche du graphique présente les objets du Système solaire interne sur une échelle linéaire ; la partie droite s’étend jusqu’au Système solaire externe sur une échelle logarithmique. La majorité des découvertes sont des astéroïdes de la ceinture principale (10 279), avec une population significative d’objets de la ceinture principale externe (234) et d’objets croisant l’orbite de Mars (103). Au-delà de Neptune, 380 objets transneptuniens nouvellement découverts sont visibles à droite, dont deux avec des orbites extrêmement allongées (excentricité > 0,9) atteignant environ 1 000 fois la distance Terre-Soleil. Les astéroïdes géocroiseurs – Amors (27), Apollos (5) et Atens (1) – apparaissent à une faible distance moyenne au Soleil. Les comètes couplées à Jupiter (57), les Centaures (7), les astéroïdes troyens de Jupiter (1) et les astéroïdes troyens de Neptune (3) complètent la liste des découvertes. La répartition des astéroïdes de la ceinture principale s’explique par des régions sous-peuplées où les perturbations gravitationnelles répétées de Jupiter ont progressivement éliminé des astéroïdes. Ces lacunes, appelées « lacunes de Kirkwood », sont dues à des résonances orbitales avec Jupiter. Ces objets ont été identifiés grâce à environ 1,6 mois d’observations préliminaires, avant le début du relevé LSST (Legacy Survey of Space and Time). © NSF–DOE Vera C.-Rubin Observatory, NOIRLab, SLAC, AURA
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www.futura-sciences.com

