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L’occasion manquée de la proposition de loi contre l’antisémitisme

Combattre le poison de l’antisémitisme est un devoir impérieux compte tenu des menaces insupportables qu’il charrie pour toute la société, en particulier pour les Français juifs. Ces derniers sont visés, parfois dans leur chair, par des agressions et des insultes dont le nombre a explosé, comme à chaque cycle de violence au Proche-Orient, depuis les massacres terroristes du 7 octobre 2023, perpétrés par le Hamas palestinien.

La proposition de loi défendue par la députée macroniste des Français de l’étranger Caroline Yadan, dont la circonscription comprend Israël, Jérusalem et les territoires palestiniens occupés depuis 1967, entend s’appuyer précisément sur cette actualité tragique pour « lutter contre les formes renouvelées » d’antisémitisme qui se développent sous le couvert de l’« antisionisme » et sous la forme d’une contestation du droit à l’existence de l’Etat d’Israël ou de l’assimilation de l’Etat hébreu au nazisme.

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Pour ce faire, le texte crée un délit consistant à « appeler publiquement (…) à la destruction d’un Etat reconnu par la République française ». Il élargit en outre le délit d’apologie d’actes de terrorisme en incluant les propos faisant « implicitement » l’apologie de ces faits « ou de leurs auteurs, y compris (…) en minorant ou en banalisant les actes de façon outrancière ».

La passion et l’émotion que déchaîne le conflit israélo-palestinien au sein de la société française exposaient évidemment cette proposition aux critiques de ceux qui ne rechignent pas à instrumentaliser les souffrances du Proche-Orient pour de détestables calculs politiques. L’honnêteté oblige cependant à reconnaître que les fortes réserves suscitées par la proposition de loi, qui doit être débattue à l’Assemblée nationale jeudi 16 et vendredi 17 avril, vont bien au-delà de ce petit cercle partisan. L’arsenal législatif français est par ailleurs loin d’être démuni pour s’attaquer avec la fermeté nécessaire à l’apologie du terrorisme et aux provocations à la discrimination, à la haine ou à la violence contre des personnes en raison de leur origine ou de leur religion.

Au lieu de contribuer à forger un consensus, ce texte a déclenché, au contraire, une bataille acharnée. Ses défenseurs dénoncent des ambiguïtés chez ses détracteurs. Ces derniers soulignent en retour une volonté de corsetage attentatoire à la liberté d’expression, qui doit être préservée. Charger les juges de réprimer les incitations à la haine est légitime, leur demander de régler les différends politiques du moment ne l’est pas.

Il faut défendre indéfectiblement le droit d’Israël à exister, dont aucune remise en cause ne saurait être tolérée. Mais aussi celui de critiquer son gouvernement, comme pour n’importe quel autre pays. Par son caractère à la fois extensif et vague, la proposition de loi risque d’accroître la confusion entre les Français juifs et la politique d’Israël, et l’assimilation à de l’antisémitisme de toute critique du gouvernement israélien, en particulier ses dérives actuelles, qui vont à l’encontre des valeurs fondatrices de l’Etat hébreu.

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Sont en jeu la guerre d’anéantissement de Gaza conduite par Israël après les massacres du 7-Octobre, ou la colonisation israélienne, voire l’annexion rampante des territoires palestiniens, qui constituent des violations du droit international, auquel la France est attachée. Alors qu’il faudrait légiférer dans la sérénité, il faut redouter le tumulte, les invectives et les calculs partisans. La lutte nécessaire contre l’antisémitisme n’a rien à y gagner.

Le Monde


Source:

www.lemonde.fr