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L’entreprise Lafarge reconnue coupable de financement de groupes terroristes en Syrie ; son ex-PDG Bruno Lafont condamné à six ans de prison

Le tribunal correctionnel de Paris a reconnu coupable, lundi 13 avril, le cimentier Lafarge et huit anciens dirigeants de la société pour financement de groupes terroristes en Syrie en 2013 et 2014. Son ex-PDG Bruno Lafont a été condamné à six ans de prison avec incarcération immédiate.

L’ex-dirigeant du CAC 40 de 69 ans a été arrêté dans la salle d’audience et aussitôt emmené par des policiers. Sa défense a annoncé faire appel du jugement et déposer une demande de mise en liberté, fustigeant un mandat de dépôt « injustifié ».

Sept autres anciens dirigeants du cimentier sont condamnés à des peines allant de dix-huit mois à sept ans d’emprisonnement. Le tribunal a aussi prononcé l’incarcération immédiate de l’ex-directeur général adjoint Christian Herrault, condamné à cinq ans d’emprisonnement. L’entreprise a, elle, été condamnée à l’amende maximale de 1,125 million d’euros.

La société, absorbée depuis par l’entreprise suisse Holcim, a procédé à des paiements à trois organisations djihadistes, dont le groupe Etat islamique (EI), à hauteur de près de 5,6 millions d’euros, a établi le tribunal correctionnel dans son jugement, qui a rappelé que cela leur avait permis de « préparer des attentats terroristes », notamment ceux de janvier 2015 en France.

« Cette modalité de financement des organisations terroristes, et à titre principal de l’EI, a été essentielle comme participant à la mainmise de l’organisation terroriste sur les ressources naturelles de Syrie, lui ayant permis de financer des actes terroristes sur zone et projetés à l’extérieur, notamment en Europe », a insisté la présidente du tribunal, Isabelle Prévost-Desprez. La société a établi un « véritable partenariat commercial avec l’EI », a-t-elle asséné, observant que le montant versé aux organisations djihadistes, « jamais atteint », participait à la « gravité extrême des faits ».

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Dans ce dossier à la croisée du monde international des affaires, de la géopolitique et des eaux troubles du renseignement, l’affaire Lafarge raconte la retentissante compromission d’une grande entreprise du CAC 40 pour préserver ses intérêts économiques dans une Syrie en guerre, que les autres multinationales avaient quittée.

L’entreprise française et d’anciens responsables étaient poursuivis pour le versement en 2013 et 2014, par la filiale syrienne Lafarge Cement Syria (LCS), de plusieurs millions d’euros à des groupes djihadistes armés afin de maintenir l’activité d’une cimenterie à Jalabiya, dans le nord de la Syrie.

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« C’est l’histoire d’un dérapage, d’un dévoiement qui fait que la société Lafarge, fleuron de l’industrie française, en est venue à financer des organisations terroristes, dans une seule visée : mercantile », avait fustigé le Parquet national antiterroriste (PNAT) dans ses réquisitions en décembre dernier.

« On avait le choix entre deux mauvaises solutions »

Durant un âpre procès, en novembre et décembre 2025, la défense a cherché à casser les accusations selon lesquelles la cimenterie de Jalabiya, investissement flambant neuf de 680 millions d’euros, a été maintenue en activité pour des raisons purement financières, au détriment de la sécurité de son millier de salariés.

L’usine de ciment Lafarge Cement Syria (LCS), à Jalabiya (Syrie), le 19 février 2018.

« On peut se laver les mains et partir, mais que seraient devenus les salariés de l’usine si nous étions partis ? », a soutenu en interrogatoire Christian Herrault, ancien directeur général adjoint de Lafarge. « On avait le choix entre deux mauvaises solutions, la pire et la moins pire. »

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Décortiquant échanges de courriels, comptes rendus de réunions et relevés bancaires, le tribunal s’est plongé de longues semaines durant dans l’engrenage des paiements de Lafarge, par son intermédiaire syrien Firas Tlass, aux groupes Etat islamique (EI) et Jabhat Al-Nosra.

Ce système prévoyait le versement d’argent pour, d’une part, financer l’acquisition d’intrants destinés à la production de ciment, tels que les hydrocarbures ou la pouzzolane, et, d’autre part, assurer des « paiements de sécurité » et permettre aux employés de la cimenterie et aux marchandises de passer les barrages dans la région.

Si les prévenus ont soutenu avoir été victimes de « racket », le terme a fait tiquer la présidente du tribunal, Isabelle Prévost-Desprez, plusieurs messages internes à Lafarge faisant plutôt état de « négociations » ou d’« accords ». « Il y avait cette conviction que [la guerre] n’allait pas durer. Si on ne comprend pas ça, on ne comprend pas certaines décisions qui ont été prises », avait expliqué Bruno Pescheux, l’un des protagonistes du dossier en tant que directeur de la filiale syrienne de Lafarge de 2008 à l’été 2014.

Malgré les millions versés, la cimenterie de Jalabiya avait finalement été évacuée par Lafarge dans l’urgence et l’impréparation la plus totale le 18 septembre 2014 face à l’avancée de l’EI. Le lendemain, elle tombe aux mains des djihadistes.

Le Monde avec AFP


Source:

www.lemonde.fr