Tous les morts ne se valent pas, toutes les tragédies non plus. Incontournable vérité journalistique : l’indignation est à géométrie variable. Un curieux cocktail est ici à l’œuvre où entrent en ligne la portée politico-symbolique d’un conflit, sa proximité ou son éloignement géographique, son accessibilité. Bref, un ensemble qui va déterminer l’attention ou l’indifférence médiatique. A cette aune, le Soudan passe difficilement la rampe ; dans la catégorie des grands drames de l’actualité, il reste en deuxième division. Pourtant le Soudan entre, en ce mois d’avril, dans la quatrième année d’une guerre dite « civile » qui, à ce jour inarrêtée, est en passe de le détruire – purement et sûrement.
A la charnière de la Corne de l’Afrique, en bordure sud du monde arabe, le Soudan est l’une des nations les plus pauvres du monde. Depuis avril 2023, deux seigneurs de la guerre, dont la rapacité est l’unique motivation, ravagent ce pays de plus de 50 millions d’habitants. D’un côté, le chef de l’armée, le général Abdel Fattah Al-Bourhane ; de l’autre, Mohammed Hamdan Daglo, dit « Hemetti », le chef d’un groupe de milices regroupées sous l’appellation de Forces de soutien rapide (FSR). Deux gros comptes en banque ; deux belles fortunes personnelles logées quelque part dans l’un des émirats du Golfe ; deux bandes armées agissant, chacune, avec des soutiens étrangers qui entretiennent ainsi un conflit pas si domestique que ça.
A l’aube de cette quatrième année de combats, de pillages, de localités assiégées, de récoltes brûlées, de troupeaux décimés, le Soudan offre le tableau du plus grand drame humanitaire du moment. Quelque 150 000 civils ont été tués dans les combats. Quatorze millions de personnes ont été déplacées, soit près d’un habitant sur trois. Vingt millions sont en situation d’insécurité alimentaire extrême – en somme, au bord de la famine. Le viol et l’asservissement des femmes sont au cœur de la guerre – des dizaines de milliers de nouveau-nés et enfants en bas âge n’ont pas le moindre état civil.
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Source:
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