Aux premiers jours de la guerre au Moyen-Orient, des analystes s’étaient lancés dans des anticipations optimistes sur les répercussions du choc énergétique. L’envolée des prix des hydrocarbures provoquée par le conflit iranien aurait des impacts bénéfiques en incitant à accélérer la transition climatique. Quelques semaines plus tard, la crise agit comme un révélateur brutal. Face à une perturbation majeure de l’approvisionnement, nombre de pays n’ont d’autre choix, dans l’urgence, que de se tourner vers l’énergie fossile la plus disponible, la plus accessible et la plus polluante : le charbon.
En Asie, en particulier, où se concentre une large part de la croissance mondiale, la priorité reste la continuité de l’activité économique. Lorsque les flux de pétrole et de gaz sont menacés, que les prix s’envolent et que les tensions géopolitiques rendent les importations incertaines, le premier réflexe consiste à se tourner de nouveau vers le charbon, ressource locale ou régionale, abondante et facilement stockable. Il permet de produire de l’électricité en dépendant moins de routes maritimes fragilisées ou de fournisseurs lointains. Mais cette solution de court terme enferme les pays dans une spirale incompatible avec l’impératif climatique.
Cette crise met en lumière une évidence : le gaz naturel, présenté depuis des années comme une énergie de transition vers la neutralité carbone, n’est pas la panacée. Certes, il émet moins de CO₂ que le charbon. Mais il reste une énergie fossile, exposée aux chocs géopolitiques, aux ruptures d’approvisionnement et à la volatilité des marchés. Lorsqu’une crise majeure survient, le gaz ne protège pas. Quand son accès devient incertain, l’attractivité du charbon redevient évidente.
Investissements massifs
Cette crise ne sera pas la dernière. Si l’on ne veut pas revivre ce scénario indéfiniment, il faut tirer les leçons de la situation actuelle. Continuer à bâtir des stratégies énergétiques fondées sur des ressources importées, concentrées dans quelques régions du monde, revient à accepter une vulnérabilité structurelle. A chaque choc, le climat redeviendra la variable d’ajustement.
Sortir de cette impasse suppose d’accélérer résolument le déploiement des énergies décarbonées. Solaire, éolien, hydraulique, biomasse, nucléaire offrent un double avantage décisif. Elles sont produites au plus près des besoins, réduisant la dépendance aux chaînes d’approvisionnement internationales, et elles permettent de diminuer durablement les émissions de gaz à effet de serre. Contrairement aux énergies fossiles, elles ne s’épuisent pas, ne se raréfient pas et sont bien moins sensibles aux tensions géopolitiques.
Certes, développer les renouvelables exige des investissements massifs, des réseaux adaptés, des capacités de stockage et une volonté politique constante. Mais le coût de l’inaction a été démontré, notamment grâce aux travaux d’Adrien Bilal, lauréat 2026 du Prix du meilleur jeune économiste décerné par Le Monde. Ce n’est pas parce que cette voie est difficile qu’il ne faut pas l’emprunter. Elle est la seule qui évitera de choisir entre récession économique ou explosion des émissions de CO₂.
Le retour du charbon est le symptôme d’une transition énergétique trop lente, trop prudente, trop dépendante de solutions de court terme. L’urgence actuelle rappelle que la véritable sécurité d’approvisionnement passe par une énergie décarbonée et produite localement. Sinon, chaque nouvelle crise se soldera par de coûteux retards dans la transition climatique.
Source:
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