Le président du Medef, Patrick Martin, a contesté, mercredi 15 avril, l’idée selon laquelle le patronat serait du côté du Rassemblement national (RN) pour l’élection présidentielle de 2027.
« Peut-on exclure le RN du spectre de nos contacts politiques ? Evidemment non, parce que c’est une formation qui pèse lourd au Parlement », a fait valoir M. Martin, lors d’une conférence de presse de présentation de la stratégie de son mouvement en vue de la présidentielle. Mais « je veux crever cette baudruche selon laquelle le patronat aurait massivement pris parti pour le RN : je vous le dis les yeux dans les yeux, c’est faux ».
Le président du RN, Jordan Bardella, sera reçu à déjeuner lundi 20 avril par les dirigeants de la première organisation patronale, invitation qui suit un dîner, le 7 avril, réunissant Marine Le Pen et des grands patrons, dont Bernard Arnault (LVMH), Patrick Pouyanné (TotalEnergies), ainsi que ceux d’Accor, Engie, Renault, Capgemini, ou Cyrille Bolloré.
« Pas une sensibilité LFI exacerbée »
M. Martin a fait remarquer que dix autres leaders de partis représentés au Parlement avaient déjà été ou seraient reçus prochainement par le Medef dans le même format que M. Bardella. « Ça ne suscite pas autant d’intérêt et de commentaires », a-t-il fait remarquer, se disant dépité du « focus » mis sur les relations entre son mouvement et le RN.
« Les chefs d’entreprise ne se lèvent pas le matin en [se demandant] s’ils sont pour ou contre le RN, mais en s’interrogeant sur leurs carnets de commandes, l’état de leur trésorerie ou la concurrence internationale, et c’est au prisme de ces préoccupations qu’on s’interroge sur l’offre des formations politiques », a-t-il déclaré.
« A ce stade, bien malin qui peut dire quel est le programme de qui », a-t-il ajouté, notant en particulier « ne pas tout comprendre à ce jour » notamment de celui du RN. Un peu plus tôt, il avait noté tout de même « qu’il n’y a pas une sensibilité LFI [La France insoumise] exacerbée » dans les rangs du Medef.
« Pragmatisme »
« Nous, a-t-il rappelé, on est pro-européens, libéraux, pour une démocratie apaisée et qui fonctionne bien, une meilleure prise en compte des enjeux économiques et de l’entreprise, et des accords de libre-échange raisonnés : la question est de savoir qui épousera nos convictions de manière convaincante. »
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Déjà en janvier, le patron du Medef prônait « le pragmatisme » à l’égard du RN. En contraste avec l’ancienne présidente du Medef, Laurence Parisot, qui en 2011 décrivait le Front national (l’ancêtre du RN) comme « une menace pour le pays ». « Chez mes prédécesseurs, tout le monde n’est pas sur la ligne Parisot sur ce sujet-là », avait glissé M. Martin, ajoutant que « Laurence conv[enai]t » aujourd’hui qu’elle s’exprimait « à une époque où la perspective d’une accession au pouvoir du RN était assez éloignée ».
Le déjeuner de lundi n’est pas le premier contact entre M. Bardella et le patronat. Le dirigeant du RN a ainsi déjà visité deux fois, sans y prendre la parole, le salon Impact PME organisé par la deuxième organisation patronale, la Confédération des petites et moyennes entreprises (CPME). Et, comme les autres têtes de listes aux élections européennes, il a participé en 2024 à des « grands oraux », devant le Medef, la CPME et l’Union des entreprises de proximité (U2P).
Le Medef précisera « ses options politiques » à la fin de février
A la fin d’août, il a aussi participé à la Rencontre des entrepreneurs de France (REF), l’événement annuel du Medef, lors d’un débat aux côtés de Manuel Bompard, Marine Tondelier, Fabien Roussel, Gabriel Attal et Bruno Retailleau. Patrick Martin avait alors jugé M. Attal et M. Retailleau, et « dans une certaine mesure » M. Bardella, « plus conscients des périls » économiques que les autres orateurs.
Le Medef entendra ensemble les candidats à la fin de février, « en espérant que d’ici là l’offre politique se sera décantée » : c’est alors qu’il déterminera « ses options politiques », a précisé son président.
Source:
www.lemonde.fr

