Langage, pouvoir et peur : dans un essai mêlant analyse et témoignage, Cécile Alduy examine l’usage politique des mots par des autorités publiques et des forces politiques contemporaines. Sa lecture met en relief une offensive lexicale menée à différents niveaux, qui ne se limite pas à un simple choix de vocabulaire mais participe à la redéfinition des catégories sociales et à la mise à l’écart de groupes considérés comme «autres». Cette perspective invite à repenser le rôle du langage dans la fabrication des appartenances collectives.
Le propos souligne que des modifications terminologiques et des stratégies discursives, observables dans l’action publique aux États-Unis — avec la nomenclature employée par la Maison Blanche — servent à encadrer comment sont nommés les phénomènes sociaux. Selon l’auteure, ces choix linguistiques contribuent à normaliser des catégories essentialisantes et à rendre naturelles des hiérarchies qui ont des effets concrets sur la politique migratoire, la citoyenneté et les protections juridiques.
Parallèlement, Rassemblement National est identifié comme partageant une même logique d’essentialisation du collectif, où la langue et les signes identitaires deviennent des instruments de démarcation. L’analyse met en lumière des convergences entre des pratiques discursives de l’extrême droite et certaines stratégies administratives visant à redéfinir des groupes sociaux. Le lien établi entre purification lexicale et purification ethnique pose la question des conséquences sociales et politiques de ces mutations du vocabulaire public.
Au-delà du constat, l’essai alerte sur l’importance d’une vigilance démocratique face aux transformations du discours politique en France et à l’étranger. En documentant la manière dont les mots peuvent préparer et légitimer des politiques excluantes, l’analyse de Cécile Alduy appelle les acteurs publics, les chercheurs et les citoyens à porter une attention accrue aux jeux terminologiques qui façonnent les représentations collectives et les choix de société.


