Une sortie de cinéma peut parfois compter davantage qu’un long apprentissage. Le directeur du Théâtre de Liège rattache l’un de ses premiers chocs artistiques à un film vu à l’âge de 12 ans. À cet âge où la réception des images reste vive et durable, l’expérience ne s’est pas limitée au plaisir du spectacle : elle a laissé la sensation d’un déplacement intérieur, comme si l’œuvre avait modifié sa manière de regarder le monde.
Ce souvenir éclaire le rapport qu’un responsable culturel peut entretenir avec la culture : non comme un simple secteur d’activité, mais comme un espace de transformation. Dans le parcours du directeur liégeois, certaines rencontres ont joué le rôle de seuils. Celles associées à Prince, figure majeure de la musique populaire, et à Marguerite Yourcenar, écrivaine entrée à l’Académie française, apparaissent comme des moments décisifs. Elles disent la diversité des influences capables de nourrir une trajectoire artistique, entre scène, littérature, image et performance.
Le théâtre, dans cette perspective, n’est pas isolé des autres formes. Il dialogue avec le cinéma, la littérature et le concert, autant de lieux où se construisent des imaginaires. Le récit d’une vocation ne se résume donc pas à une chronologie professionnelle : il met en évidence des instants où une œuvre rencontre un spectateur au bon moment. Pour une institution comme le Théâtre de Liège, cette mémoire personnelle rejoint une mission publique plus large, celle de créer les conditions d’une rencontre entre les artistes et les publics.
La force de ces épisodes tient aussi à leur sobriété. Aucun manifeste ne remplace l’expérience concrète d’une salle obscure, d’un texte ou d’une présence scénique. En rappelant ce bouleversement d’enfance et ces rencontres avec Prince et Yourcenar, le directeur souligne la part imprévisible de la formation artistique. Les œuvres ne produisent pas toujours leurs effets immédiatement ni de la même manière sur chacun, mais elles peuvent, parfois, ouvrir une voie.
À Liège, cette approche donne un relief particulier au rôle d’une scène culturelle. Programmer, accueillir et transmettre revient à maintenir vivant ce pouvoir de déplacement. Dans un paysage artistique traversé par la concurrence des écrans et par l’évolution des pratiques du public, l’enjeu demeure central : permettre que des spectateurs, jeunes ou adultes, quittent un lieu culturel avec le sentiment d’avoir perçu quelque chose autrement.




