La guerre agit toujours comme un révélateur. Dans le cas de l’attaque contre l’Iran, déclenchée le 28 février par le président des Etats-Unis conjointement avec le premier ministre israélien, la brutalisation des institutions américaines est mise, une fois de plus, en évidence. La volonté de Donald Trump de ne rendre des comptes à personne explique sa décision de déclarer soudainement cette guerre terminée, vendredi 1er mai, alors que sa communication incessante et brouillonne oscille entre la quête d’une solution diplomatique selon ses termes et les menaces de reprise des hostilités interrompues par un cessez-le-feu.
Par cette déclaration, le locataire de la Maison Blanche entendait s’extraire des contraintes de la loi. Elle dispose qu’un président n’ayant pas cherché l’aval initial du Congrès, seul habilité à déclarer la guerre, avant de déclencher des hostilités doit en revanche se tourner vers lui au terme d’une période de soixante jours. Cette attitude confirme sa stratégie de neutraliser au bénéfice de l’exécutif le pouvoir législatif, qui a aussi la responsabilité de contrôler les actions du premier.
On ne peut que déplorer que cet affaiblissement s’opère avec le consentement du Parti républicain, majoritaire dans les deux chambres. Dominée par des juges conservateurs, la Cour suprême, plus haute instance du troisième pouvoir que comptent les institutions américaines, le judiciaire, n’est pas étrangère à cette situation. Elle a en effet donné invariablement son blanc-seing aux velléités de Donald Trump d’accroître les contours de l’exécutif.
Charcutages électoraux
A l’épreuve de la guerre, les dysfonctionnements du Pentagone, dirigé par un affidé de Donald Trump, l’ancien animateur de la chaîne Fox News Pete Hegseth, sont une autre manifestation d’un pouvoir sans garde-fou. Le secrétaire à la guerre, le titre choisi par cette administration, ne cesse d’y conduire des purges parmi les plus hauts responsables civils et militaires.
Cette hypertrophie du pouvoir exécutif est inquiétante pour les Etats-Unis et ne sert pas leurs intérêts. La désinvolture du président américain dans cette guerre – dont il n’a jamais jugé utile d’expliquer les enjeux ni de convaincre l’opinion d’une quelconque nécessité – explique en bonne partie la dégradation spectaculaire de son image dans l’opinion publique américaine.
Cet affaiblissement intervient alors que se profilent des élections de mi-mandat, en novembre, qui sont ordinairement l’occasion de redonner la parole aux électeurs. Pour préparer ce rendez-vous souvent délicat pour le parti au pouvoir à la Maison Blanche, Donald Trump a poussé les républicains, dans les Etats où ils sont majoritaires, à se livrer à des charcutages électoraux inédits par leur ampleur, afin de tenter de limiter autant que faire se peut le rejet dont sa politique fait l’objet. Le Parti démocrate y a répondu par des redécoupages également outranciers.
La démocratie et la légitimité d’une Chambre des représentants corsetée et verrouillée par ce factionnalisme exacerbé seront les victimes collatérales de cette dérive. En décidant de revenir mercredi 29 avril sur une loi héritée du mouvement pour les droits civiques garantissant une meilleure représentation de minorités, la Cour suprême, dans une décision qui devrait bénéficier électoralement au Parti républicain, a pris le risque d’apparaître comme partie prenante de cette foire d’empoigne. Au prix de son image, déjà passablement dégradée.
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