La guerre hésite, la diplomatie piétine et, pendant ce temps, les compteurs continuent de tourner. Depuis le déclenchement par Donald Trump et Benyamin Nétanyahou de l’offensive contre l’Iran, le 28 février, la belligérance a beau se limiter à trois pays, la liste de ses victimes collatérales ne cesse de s’allonger. Conflit régional, crise mondiale. Avec la hausse des cours du pétrole et le blocage du détroit d’Ormuz par l’Iran, doublé par le blocus naval que prétendent imposer les Etats-Unis à Téhéran, l’inflation reprend sa marche en avant et la croissance titube.
De l’Afrique à l’Amérique latine, tout le monde paie, depuis plus d’un mois déjà, le renchérissement des énergies fossiles, y compris aux Etats-Unis, pourtant premiers producteurs mondiaux. Mais entre le cavalier américano-israélien et la conviction du régime iranien de livrer un combat existentiel, la capacité des pays extérieurs au conflit à peser sur les événements est presque nulle, ce qu’on pourrait qualifier de pandémie d’impuissance.
Cette dernière s’étend malgré le cessez-le feu en vigueur depuis le 7 avril. Elle concerne les pays qui sont tributaires des flux transitant par Ormuz. Les monarchies arabes du Golfe, bien qu’alliées aux Etats-Unis, comptent parmi les premiers Etats affectés. Cette impuissance a déjà passé par pertes et profits le Sud global – dont les pays se définissaient surtout par leur défiance d’un ordre occidental souffreteux, que Donald Trump a porté en terre depuis son retour à la Maison Blanche. Le club des BRICS, qui en était une manifestation, compte dans ses rangs aussi bien l’Iran agressé que les Emirats arabes unis, pilonnés par le premier pour les punir de leur alignement sur l’axe américano-israélien. Il montre, à cette occasion, qu’il ne sert à rien.
L’Asie pénalisée
Moteur de la croissance mondiale, l’Asie est particulièrement pénalisée par sa dépendance énergétique vis-à-vis du Moyen-Orient. Championne du multi-alignement, l’Inde mesure ses limites à l’aune de cette crise impliquant trois de ses alliés. New Delhi doit, en outre, s’accommoder de la promotion de son adversaire pakistanais, qui a ravi au sultanat d’Oman son statut d’intermédiaire quasi obligé pour toutes discussions impliquant l’Iran. Touchés par le blocage d’Ormuz, la Corée du Sud et le Japon ont vu leur allié américain réaffecter au Moyen-Orient des armements visant à les protéger.
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Source:
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