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Joëlle Zask, philosophe : « Il est impossible de penser la démocratie sans passer par la nourriture »

Dans un livre passionnant, Donner à manger. Politique d’un geste ordinaire (Premier Parallèle, 180 pages, 17 euros), Joëlle Zask, professeure de philosophie à l’université Aix-Marseille et membre de l’Institut universitaire de France, révèle la complexité d’un geste qui peut, à première vue, sembler banal : le nourrissage. De l’allaitement à la soupe populaire, des glaneurs d’autrefois aux cantines scolaires d’aujourd’hui, de la manne biblique offerte au peuple d’Israël au traité Pilgrim-Wampanoag de 1621, ce livre singulier esquisse une véritable philosophie politique de la nourriture.

Vous faites une distinction fondamentale entre l’alimentation et la nourriture. Qu’est-ce qui, à vos yeux, les distingue ?

L’aliment nous maintient en vie : il constitue une nécessité biologique, il est doté d’une certaine efficacité, comme le bois alimente le poêle, mais il est dépourvu de toute qualité sociale. Le mot « nourriture », lui, vient du verbe latin nutrire, qui signifie « nourrir », mais aussi « faire grandir », « éduquer », « élever », « épanouir ». En contribuant à la croissance, la nourriture nous permet non seulement de nous maintenir en vie, mais aussi de développer nos aptitudes. L’aliment est du côté de la dépendance et de la mécanisation, la nourriture du côté de la liberté et de l’épanouissement. Elle n’est pas déversée en moi de l’extérieur : elle est adaptée, choisie, enseignée, préparée, dégustée et partagée.

Vous estimez que nous vivons à une époque où l’alimentation a fini par supplanter la nourriture. Quels en sont, selon vous, les signes ?

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Source:

www.lemonde.fr